Murat    Dans la tourmente, 1944-1945

Sommaire Histoire Locale

 

La cité de Murat, sur l'axe Massiac- Aurillac, se voit sollicitée dès l'été 1942 par les mouvements nationaux de Résistance.
Très tôt, donc, l'attention des autorités d'occupation se porte vers Murat et ses actions de résistance qui se déroulent dans ses environs immédiats.

Le contexte

Le 3 mai 1944 un train est dynamité au Lioran.
Le 22 mai 1944, deux accrochages ont lieu dans les environs de Murat ; les maquisards infligent aux allemands la perte de dix soldats et cinq blessés graves.
Au même moment, les jeunes reçoivent l'appel de la Résistance pour rejoindre l'armée de Libération, De tous les coins de l'Auvergne, les hommes se dirigent vers le Mont-Mouchet, à la limite du Cantal et de la Haute-Loire.
Le 6 juin 1944, les troupes alliées débarquent en Normandie. Les nombreux parachutages fournissent en armes légères lés maquisards.
Le 10 juin, les forces allemandes convergent vers le Mont-Mouchet ; elles sèment la mort et la désolation à Ruynes-en-Margeride et à Clavières. Les résistants, insuffisamment équipés, doivent se replier. Dans le même temps, les services de police allemande, opèrent des arrestations et des interrogatoires à Saint-Flour.

Murat le 12 juin 1944


Le 12 juin 1944, un détachement de troupes et de policiers allemands, accompagné de miliciens, arrive à Murat après avoir fusillé quatre hommes en haut de la côte de Pignou. Murat est alors encerclé. Deux jeunes gens qui tentaient de s'enfuir sont abattus rue Marchadial. D'autres personnes sont arrêtées et amenées à la mairie pour interrogatoire. Au total treize personnes sont ainsi faites prisonnières, dont le maire et les secrétaires de mairie.
Dans l'après midi, un groupe de maquisards, ayant appris la présence de troupes allemandes à Murat, passe à l'attaque. Le chef des allemands, le capitaine SS Geissler, qui dirige les interrogatoires, sort alors de la mairie, l'arme au poing pour se porter à la tête de ses hommes. Il est atteint mortellement sur les marches de la mairie.
Les Maquisards décrochent sans perte. Les allemands et leurs auxiliaires ont eu dix morts et quinze blessés. Après avoir reçu du renfort venu de Saint Flour, ils arrivent à se dégager en emmenant douze otages avec eux.
En raison du rang élevé de Geissler dans la police allemande, vingt cinq otages sont fusillés, le 14 juin, à Soubizergues, près de Saint Flour, dont trois des douze arrêtés à Murat l'avant-veille.

 


Le 24 juin 1944


 

A l'aube, les troupes allemandes cer¬nent Murat. Si on peut y entrer, on ne peut en sortir. Les maisons des résistants connus, ou supposés avoir abrité des tireurs le 12 juin, sont pillées et incendiées (une dizaine).
 

 

 

 

 

Les patrouilles d'allemands visitent une à une les maisons situées au nord et à l'ouest de la ville, et conduisent les hommes place de la mairie. Là, ils contrôlent leur identité.
Les hommes étrangers à Murat, ceux âgés de plus de 50 ans, ou de moins de 16 ans, sont relâchés.

 



 

 

A 14 heures ils sont cent dix neuf emmenés dans un pré, en contrebas de la nationale, à gauche, avant le pont Notre-Dame. Leur sort parait incertain. Vers 17 heures, ils sont embarqués dans des camions à destination de Clermont-Ferrand et, de loin, ils aperçoivent en s'inquiétant pour leur famille, les flammes des incendies.




 

Ce jour là les allemands étaient accompagnés d'un reporter qui prend plusieurs photos publiées le 2 août 1944 dans le journal de l'armée allemande . Die Wehrmacht u.
(titre allemand 2, photos 4,5,6,7 et 8

Destination Allemagne


Arrivés à Clermont-ferrand dans la nuit du 24 au 5, les Muratais sont internés à la prison allemande située à la caserne du 92ème RI. Ils sont enfermés dans deux cellules, avec une paillasse pour deux ou trois ; dans un coin un tonneau sert pour tous usages.
Quatre d'entre eux sont torturés, Chamalières.
s vont rester ainsi jusqu'au 6 juillet -1944, date de leur départ vers Compiègne. Le voyage s'effectue en autobus, enchaînés deux par deux.
Le camp de Royallieu à Compiègne n'est qu'une étape sur le chemin de l'Allemagne. Le 15 juillet, un train est formé à destination de l'Allemagne. Ils sont soixante par wagon à bestiaux ; le convoi met trois jours pour arriver. Il fait très chaud et ils n'ont pratiquement rien à boire.
 



Le camp de concentration de Neuengamme

Le mardi 18 juillet 1944, le train s'arrête. Les prisonniers descendent, et à la vue de quelques bagnards en tenue rayée, ils découvrent leur destination : un bagne ! Rassemblés à coups de matraque par les gardiens SS ils sont conduits n rang par cinq sur la place d'appel. Ils sont là au camp de concentration de Neuengamme situé à environ 30 kilomètres de Hambourg dans le nord de l'Allemagne.
Dépouillés de leurs vêtements, de leurs derniers objets personnels, alliance, montre, ils sont tondus et rasés de la tête aux pieds, passés au désinfectant, et reçoivent leur numéro matricule qui devient leur nouvelle identité.
La vie au camp commence par un lever à quatre heures et demi du matin. Après une infusion l'orge en guise de café, les équipes pour les commandos de travail sont formées. A treize heures, soupe claire et un morceau de pain ; le soir infusion d'orge et pain avec un peu de margarine ou de charcuterie, tels sont les repas. La nourriture est très insuffisante et entraîne un affaiblissement général.
Les travaux que connaissent les Muratais, au camp, sont principalement le déchargement des )
péniches des décombres de Hambourg, pour assainir le marais, ou le chargement et le déchargement des wagonnets d'argile à la briqueterie.
La nuit, ils sont deux ou trois par paillasse, dans des châlits ; le sommeil est difficile à trouver dans l'inconfort, la surpopulation et la vermine. A tout cela il faut ajouter les mauvais traitements, les appels interminables par tout temps en plein air et les coups.
Les malades, incapables de travailler vont à l'infirmerie appelée «revier » où les soins sont sommaires en l'absence de médicaments.
Les morts sont rassemblés chaque jour pour être brûlés dans le four crématoire situé dans l'enceinte du camp.
 

Les Kommandos
Le camp de Neuengamme était un réservoir de main-d'oeuvre pour les usines et les chantiers de tout le nord de l'Allemagne, en particulier les régions de Hambourg, Brème, Hanovre...
Les déportés étaient alors envoyés dans ses annexes extérieures appelés «kommandos ». C'est à ce moment qu'ils revêtaient la tenue rayée. Parmi ces kommandos où travaillèrent des Muratais on peut citer celui d'Hambourg, où on déterrent les bombes non explosées ; celui de la construction de la base sous-marine Hornisse, celui de l'usine de Blumenthal près de Brème et d'autres à Braunschweig, Salzgitter, Kaltenkirchen...
Le groupe le plus important de Muratais a travaillé à la construction de la base Valentin à Brème Farge près de Brème. Cette base devait servir à la fabrication et au montage de sous-marins. La construction est gigantesque, grande comme cinq terrains de football, elle a 40 mètres de haut, le toit a 8 mètres d'épaisseur. Les conditions de travail sont épouvantables : il faut décharger des wagons de ciment, de poutrelles de fer.
Les Muratais eurent leur premier mort dès le mois d'octobre 1944, beaucoup moururent en décembre. Les déportés sont logés à quatre kilomètres du chantier dans une citerne à pétrole d'un diamètre de 50 mètres.
La base existe toujours aujourd'hui ; la rue s'appelle "rue du camp »...
Les évacuations
Le 6 avril 1945, devant la poussée des armées alliées, les allemands décident l'évacuation du camp et de tous les kommandos. Ils tentent de faire disparaître les déportés. Ainsi, à pied ou dans des wagons-tombereaux à ciel ouvert, les rescapés vont errer dans le nord de l'Allemagne, sans ravitaillement assuré, jusqu'au 3 mai.
Certains sont dirigés vers le camp de Bergen Belsen où la maladie et la surpopulation faisaient des ravages.
D'autres vont, après des jours et des jours de train, souffrant de faim et de soif, se retrouver à un camp de prisonniers de guerre, à Sand Bostel où ils connaîtront l'émeute, le mitraillage, le cannibalisme, puis le typhus.
Un autre groupe rejoindra le camp de Neuengamme à pied, puis Lübeck en camion, pour être chargés sur des bateaux de la Mer Baltique, dont un grand paquebot trans-océanique le Cap Arcona. L'aviation anglaise croyant avoir à faire à des allemands en fuite attaquera ces bateaux et en coulera trois faisant 7 300 victimes. Un quatrième bateau l'Athen sera abandonné à quai par son équipage avec 1998 rescapés, dont 7 Muratais.



Les rescapés , le retour
Les rescapés vont rentrer au pays peu à peu entre mai et juin 1945 et apporter le témoignage de l'horreur que personne n'avait soupçonnée. Beaucoup de familles ont attendu, avant d'apprendre que leur mari, leur père, leur frère, leur fils ne reviendrait
pas, qu'il était mort à telle époque, et dans quelles circonstances, ou qu'on n'en avait simplement plus aucune nouvelle. Mais comment espérer encore un retour possible d'un tel enfer...




 

 

Le monument départemental

Ce monument a été inauguré le 14 novembre 1948.

A l'intérieur de l'enceinte, près du monument a été enfouie de la terre provenant de Neuengamme.

 

 

 

 

Liste des morts en déportation de l'arrondissement de Murat

 

ALBERT Alexandre FANGUIN André POUDEROUX Marius

AVRIL Pierre

FAUGERAS Jean

POUNHET François

BACH Jean

FAURIE Claude

PROLAT Marius

BATTUD Jean

FOUILLOUXIOUX Harmel

PYRDECK Joseph

BERGER René

FRIPPES Fernand

QUAIREL Marius

BOUDON Basile

GALLI Jacques

RANCILHAC Jean

BRACOU Jean

GEORGET Gabriel

RANCILHAC Marcel

BRISFERT Jean

GINIOUX Louis

RAUJOLS Louis

CANIS François

GINIOUX Marcel

ROCHE Marcel

CASSAGNE Pierre

GOURSSEAU Raoul

RODIER Auguste

CHANAT Albert

HIVERNAT Marius

RODRIGUEZ Jean

CHAPAT François

LANEZ Norbert

ROUSSET Jean

CHAPUIS Joseph

LEMMET Jean

ROUX Jean

CHARBONNIER Alfred

LEMOSQUET Jean

SERVET Joseph

CHASSAGNY Pierre

LENOIR Frédéric

SERVET Louis

CHAULIAGUET Marcel

LEVET Jean

SOL Jean

CHEYTROUSSE Joseph

MALBEC René

TALANDIER Antoine

CISSAC Lucien

MARGUERIT Pierre

URGON Albert

COLLIER Victor

MAURIN Gabriel

URGON Pierre

DACHEUX Louis

MEYNIEL Louis

VERNET Marius

DEFERT Jean

MEYNIEL Robert

VIDALENC Jean

DELAY Angelo

MOINS André

VUILLAUME Eugène

DELAY Robert

NIOUCEL Gaston

 

DELBOS François

NOT Raymond

 

DELPIROU Edouard

NOZIERES Jean

 

DELPIROU François

OMESSA Antoine

 

DELPIROU Léon

PARRET Georges

 

DUBOIS Paul

PESCHAUD Arsène

 

DURIF Pierre

PICHOT-DUCLOS Emile

 

ERMOIRE Louis

PONS Henri

 

FAGEOL Louis

PORTE Raymond

 

La Croix de guerre

Murat, ville patriote et ville martyre a été citée à l'ordre de l'armée.

 

Lire également le Témoignage d'AntoineSAURET

 

Bibliographie :
Henri JOANNON, Remember, Imprimerie Moderne, Aurillac, 1946

Raymond PORTEFAIX, L'Enfer que Dante n'avait pas prévu, 1945
Eugène MARTRES, Le Cantal, de 1939 à 1945, de Borée, Coumon d'Auvergne, 1993

René AMARGER, des Braises sous la cendre, Maury, 1982
Frère Gérard MAYET, Soubizergues, terre de sang, Imprimerie Moderne, Clermont-ferrand, 1945
Edmond Leclanché, " Nous avons tué Geissler ., in Revue de la Haute Auvergne
Général P. BRUNET, les Martyrs de Neuengamme
Photos :
Couverture et n°10 photos allemandes de 1944 (Éditions Temmen)
n°3, n°l l et 12 photos A. Lacueille - Murat
photo Croix de guerre P. Soissons
Rédaction :
Groupe de travail de la commission "Mémoire", M. et Mme Delrieu
Collection "Mémoire, citoyenneté, Cantal" coordonnée par S. Despaux ONAC.

O.N.A.C. Service départemental du Cantal

Maison des affaires sociales - rue de l'Olmet B.P. n' 726 15007 Aurillac Cedex

Tél. : 04 71 46 83 90 - Fax : 04 71 46 83 94

   

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