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Maurs |
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Printemps
1944.......
........du pré aux
camps.
[La publication de] Ce
dépliant a pour but de faire connaître aux collégiens et aux lycéens
un évènement local majeur: la rafle de Maurs et ses conséquences. Il
s'agit aussi de montrer que cette rafle, la première du genre dans
le Cantal, a été infligée à toute une ville, que l'épisode auquel
elle appartient débuta et se prolongea au-delà des limites
géographiques du département, et enfin, qu'elle était liée aux
évènements nationaux, européens et mondiaux.
Sommaire
Histoire Locale
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Ce qui se
passait ailleurs
Le 10 mai 1940, les Allemands ont
attaqué la Belgique et les Pays Bas. Le 14 juin, ils pénètrent dans
Paris. Des millions de français du nord du pays et de la région
parisienne prennent la route pour fuir les combats. C'est l'exode.
La défaite éclair met fin à la troisième République et porte au
pouvoir le Maréchal Pétain, partisan de la signature d'un armistice
avec l'Allemagne : „ c'est le coeur serré, dit-il, que je vous dis
aujourd'hui qu'il faut cesser le combat ». Notre pays est alors
coupé par une ligne de démarcation : la zone nord est occupée par
l'envahisseur, la zone sud reste » libre jusqu' en
Ce choix de l'armistice est refusé par une minorité de français,
tel le général de Gaulle, qui, le 18 juin, lance, sur les ondes de
la radio anglaise, un appel à la résistance : „ quoi qu'il arrive,
la flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra
pas ».
Le 10 juillet 1940, le Parlement accorde, par vote, les pleins
pouvoirs au Maréchal qui peut alors, comme il le souhaite, organiser
la vie du pays. C'est la fin de la troisième République et de la
devise » Liberté - Egalité - Fraternité remplacées par un régime
autoritaire, » l'Etat Français », qui collabore avec les nazis et
dont les mots d'ordre sont travail, famille et patrie.
Dès 1940 et 1941, des lois excluent les étrangers et les juifs de la
communauté française, les français non juifs sont incités par le
gouvernement à partir volontairement travailler en Allemagne : c'est
la relève.
En novembre 1942, l'Allemagne envahit la zone sud française. Des
partisans d'une collaboration plus poussée avec les nazis entrent au
gouvernement.
L'Etat Français instaure alors le Service du Travail Obligatoire, le
» S.T.O. » et laisse la Milice pourchasser les résistants et les
juifs.
Ce
qui arrivait ici
Dans le département, des français
hostiles à l'occupant se rencontrent secrètement. Des maquis
s'organisent. Et vers 1943, ils entrent en résistance contre
l'ennemi en préparant et en effectuant des sabotages pour enrayer
les actions nazies.
Les coups ainsi portés, dans le Cantal comme dans la France entière,
exaspèrent l'ennemi.
La division blindée allemande SS Das Reich est basée à Montauban.
En mai 1944, deux bataillons d'un des régiments de cette division
engagent par Cahors une vaste opération de ratissage. Dans les
agglomérations de Cardheilac, Lacapelle-Marival, Latronquière,
notamment, ils commettent des arrestations massives, pillent et
incendient.
Le 12 mai, les deux bataillons arrivent à Maurs.
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Tragique
réveil
Dés potron-minet, la journée du 12 mai s'annonce
particulièrement belle. La plupart des maursois sommeillent.
Toutefois, ici et là, dans la campagne environnante, quelques
agriculteurs levés tôt profitent de la fraîcheur de l'aube pour
s'occuper des bêtes.
Vers quatre heures du matin, les soldats nazis se rapprochent de
Maurs : l'une des colonnes de la « Das Reich »arrive de Bagnac,
l'autre de Latronquière.
L'Etat Major de la division a prévu de prendre la ville en tenaille.
Et soudain, les maursois sont réveillés par les vrombissements des
moteurs des camions et des véhicules chenillés.
A six heures, les allemands investissent la ville, coupent les
communications téléphoniques et s'installent dans la caserne de
Gendarmerie.
Au même moment, un jeune homme d'un village voisin tente de
s'échapper. Il est immédiatement abattu, puis laissé dans le fossé,
pendant deux heures, agonisant et sans soins.

Pendant ce temps, le capitaine commandant les troupes donne en
mairie ces directives : « Par ordre des autorités allemandes
d'opérations tous les hommes de la commune de Maurs, à partir de
quatorze ans, doivent se réunir place du Maréchal Pétain. Le
rassemblement sera terminé à 7 heures 30 »
Cet ordre est ensuite scandé dans chaque quartier par le Tambour de
Ville «Tout absent sera fusillé ... tout absent sera fusillé »
répète-il dans les rues. Et pour empêcher que quiconque ne leur
échappe, des soldats patrouillent, et fouillent les maisons.
Certains s'approvisionnent, se font servir un plat chaud ou en
profitent pour se laver.
Au pré
.Les hommes regroupés sur la
place du Maréchal Pétain (de la Grande Fontaine) et ceux qui ont été
arrêtés individuellement sont amenés en colonnes par la route de
Bagnac à plus d'un kilomètre de la ville. Ils sont ensuite parqués
dans le pré Laborie.
Là, les prisonniers retrouvent quelques femmes requises pour la
roulante, et qui épluchent des pommes de terre.
Un long moment se passe puis les allemands commencent à contrôler.
L'angoisse s'amplifie.
En présence du maire de Maurs, un officier SS fait avancer un par un
les hommes vers lui et les sélectionne par âge et par profession.
Pour beaucoup, ce tri va être le premier d'une longue série, car,
dans ce pré et plus tard, en d'autres lieux, les soldats allemands
ne vont pas cesser de passer les hommes en revue, de les
sélectionner, de les grouper puis de les séparer, de les compter et
de les recompter.
Peu à peu deux groupes distincts sont formés.
D'un côté, se trouvent les hommes les plus jeunes, dont les garçons
des chantiers de jeunesse et des tziganes, de l'autre, sont réunis
ceux qui vont être aussitôt relâchés, soit parce qu'ils ont plus de
soixante ans, qu'ils sont invalides ou boulangers, médecins, etc. En
général, tous les individus, non juifs, dont le métier est
indispensable à la vie de la commune sont libérés.
Pendant ce temps, des juifs, arrivés bien après le groupe, et
immédiatement plaqués à terre, sont sans cesse brutalisés. Couchés
sur le ventre, les mains dans le dos et le visage dans l'herbe, ils
reçoivent des soldats des coups de pied et des coups de crosse.
Un jeune, suspecté de résistance, doit aller chercher des seaux
d'eau dans les cuisines d'une ferme de l'autre côté de la route. Un
soldat, à sa suite, tire sans arrêt vers le sol pour le faire courir
et faire tomber l'eau. Au retour, les seaux sont presque vides.
Alors, le garçon doit repartir au galop, toujours au galop.
Les soldats commencent ensuite un autre filtrage individuel, qui lui
ne semble pas respecter de règle bien définie.
Et vers 15 heures, les nazis poussent sans ménagement les cent dix
hommes retenus dans des camions réquisitionnés à cet effet.
Dans chaque véhicule, quatre SS, mitraillette en mains, surveillent.
Lors de l'embarquement, les juifs et le présumé résistant sont
alignés pendant une heure interminable face à une mitrailleuse en
batterie. Ils servent d'otages, tandis que les maursois enterrent le
jeune fuyard, abandonné depuis l'aube dans le fossé.
La population consciente du danger qui pèse sur ce groupe, se tient
tranquille pour ne pas provoquer son exécution immédiate.
Dès la fin des funérailles, ces raflés sont à leur tour violemment
poussés dans les véhicules des SS.
Peu à peu deux groupes distincts sont formés.
D'un côté, se trouvent les hommes les plus jeunes, dont les garçons
des chantiers de jeunesse et des tziganes, de l'autre, sont réunis
ceux qui vont être aussitôt relâchés, soit parce qu'ils ont plus de
soixante ans, qu'ils sont invalides ou boulangers, médecins, etc. En
général, tous les individus, non juifs, dont le métier est
indispensable à la vie de la commune sont libérés.
Pendant ce temps, des juifs, arrivés bien après le groupe, et
immédiatement plaqués à terre, sont sans cesse brutalisés. Couchés
sur le ventre, les mains dans le dos et le visage dans l'herbe, ils
reçoivent des soldats des coups de pied et des coups de crosse.
Un jeune, suspecté de résistance, doit aller chercher des seaux
d'eau dans les cuisines d'une ferme de l'autre côté de la route. Un
soldat, à sa suite, tire sans arrêt vers le sol pour le faire courir
et faire tomber l'eau. Au retour, les seaux sont presque vides.
Alors, le garçon doit repartir au galop, toujours au galop.
Les soldats commencent ensuite un autre filtrage individuel, qui
lui ne semble pas respecter de règle bien définie.
Et vers 15 heures, les nazis poussent sans ménagement les cent dix
hommes retenus dans des camions réquisitionnés à cet effet.
Dans chaque véhicule, quatre SS, mitraillette en mains, surveillent.
Lors de l'embarquement, les juifs et le présumé résistant sont
alignés pendant une heure interminable face à une mitrailleuse en
batterie. Ils servent d'otages, tandis que les maursois enterrent le
jeune fuyard, abandonné depuis l'aube dans le fossé.
La population consciente du danger qui pèse sur ce groupe, se tient
tranquille pour ne pas provoquer son exécution immédiate.
Dès la fin des funérailles, ces raflés sont à leur tour violemment
poussés dans les véhicules des SS
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Du pré au manège
Trois quarts d'heure après leur départ, les prisonniers non juifs de
Maurs retrouvent à Figeac d'autres victimes de cette vaste opération
de ratissage.
Et bientôt tous sont bousculés dans des camions militaires où,
serrés et recroquevillés, ils sont encadrés par des SS. Après une
halte à Cahors, ils arrivent à Montauban.
Il est environ deux heures du matin.
Les hommes, plus de 800, sont immédiatement parqués dans le manège
de la caserne des Dragons, au milieu de la sciure et du crottin,
forcés de respirer des odeurs putrides.
Abandonnés à leur sort, ils ne reçoivent ni boisson, ni nourriture,
et sont à la merci des coups de crosse. Pour aller aux toilettes,
ils doivent demander l'autorisation aux soldats qui ne la leur
accordent pas toujours... Au bout de trois jours, on leur apporte un
peu de nourriture, qu'ils vont chercher à la queue leu leu dans une
même gamelle.

Des morts, des cris, des coups .., le silence
Quelques jours après leur arrivée dans le manège, quatre jeunes du
Lot sont exécutés. Tous les autres doivent défiler devant leurs
cadavres. Puis, les soldats trient à nouveau ceux qu'ils suspectent
d'être des résistants et qu'ils qualifient de N terroristes » Parmi
ceux-là, presque tous sont soumis à la torture. Ces séances ont lieu
dans le manége même, devant tous les prisonniers réunis. Ceux qui
sont interrogés sont frappés avec une brutalité inouïe... Les
soldats les amènent évanouis dans une salle voisine, où se
continuent les interrogatoires et les tortures ».
De longues journées, d'interminables journées sont consacrées à ces
interrogatoires menés par la Gestapo, les SS et w Le chat botté ',
un espion à la solde des nazis.
Ils menacent, ils frappent, ils veulent des noms.
Personne n'a parlé...
Quant aux juifs, ils sont parqués à l'écart et portent tous les
marques des violences infligées.
Après une dizaine de jours de détention et d'interrogatoires
musclés, et une visite médicale, les raflés sont conduits à la gare
de Montauban, lieu sinistre et muet, réquisitionné dés l'aube par
les soldats allemands et vide de tout passant.
Plusieurs convois sont formés pour trois directions différentes,
- à destination des usines allemandes, via la caserne de la
Pépinière à Paris pour environ 600 des 800 hommes, - Auschwitz va
être l'ultime destination des juifs,
- à destination des camps de concentration de Neuengamme et de
Dachau via Compiègne.
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Evasions
Parmi les raflés de Maurs non juifs, quelques-uns sont donc dirigés
vers les camps de concentration et la plupart sont contraints au
travail en pays ennemis. Parmi ces derniers, certains vont tromper
la surveillance allemande et fuir :
Exemples (d'après des témoignages)
Le 23 mai, le convoi pour la Tchécoslovaquie n'a pas encore quitté
le territoire français, mais il se rapproche inexorablement de la
frontière : c'est le moment ou jamais de s'évader.
Dans l'après-midi, le train s'arrête en rase campagne : des
bombardements ont interrompu sa progression. Comme l'immobilisation
se prolonge, les soldats acceptent de laisser descendre des
prisonniers. Voilà l'occasion de fuir.
Deux détenus remontent rapidement jusqu'à la locomotive, avançant
entre la rangée de sentinelles postées sur le chemin piétonnier qui
suit les voies et le convoi lui-même. Arrivés à la hauteur du
conducteur, les deux hommes lui demandent de les aider. Il accepte,
appuie sur une manette et aussitôt, un nuage de vapeur enveloppe le
train comme par magie.
Cependant, les maursois hésitent à bouger.
Mais une draisine apparaît sur la voie libre. Les allemands
s'affolent, se préviennent de l'un à l'autre. La sentinelle qui se
trouve à hauteur des deux prisonniers et de leurs camarades les font
évacuer pour permettre le passage du véhicule.
Alors, instinctivement, ils s'élancent dans un remblai haut de 4 à 5
mètres, au fond duquel se trouve une haie, précieux refuge que les
fuyards vont longer en rasant le sol.
Au bout de 500 mètres, ils se redressent et, d'un pas qui se veut
naturel, entreprennent de contourner la bourgade et de gravir la
colline qui la domine. Quel plaisir pour eux que de découvrir, là
haut, deux autres maursois qui ont aussi tenté et réussi l'aventure
!
Le convoi vient de repartir. Les évadés redescendent au village où
on les accueille avec gentillesse. Le lendemain, ils reprennent le
train en sens inverse et sans surveillance, cette fois, pour
retrouver Maurs et leurs proches.
Un autre maursois va aussi tenter de tromper la surveillance nazie.
Il a vu s'enfuir ses camarades mais n'a pas voulu prendre le risque
de les accompagner : un de plus aurait accru le risque d'être pris.
Dans le convoi, chacun a regagné sa place mais des sièges restent
vides et les soldats vérifient. Il faut donc trouver une explication
et leur raconter, d'une voix aussi convaincante que possible, que
les absents sont dans un autre compartiment.
Le trajet se poursuit, à vive allure, comme pour rattraper le temps
perdu.
Vers 23 heures, le train ralentit pour entrer en gare de Bar le Duc
; il va falloir sauter ! vite !
Notre homme baisse la glace, ouvre en grand la portière, s'accroche
à elle, puis d'un coup de rein brusque se projette à l'extérieur et
fait un roulé boulé sur le ballast. Des coups de feu retentissent :
un soldat a sûrement distingué une ombre ou entendu un bruit suspect
et tiré au hasard...
Le fuyard n'est pas touché par les balles. Mais, il doit vite se
cacher.
Il se tapit sous une rame, entre les rails, et se dit qu'il va
attendre là le départ du convoi. Mais le maursois pense que les
wagons qui l'abritent si bien forment un autre train qui bientôt va
se mettre en route !Il s'allonge alors le plus possible entre les
rails, s'aplatit et espère fébrilement qu'aucun crochet ne va le
saisir au passage... On se sent si petit sous les wagons d'un train
qui démarre ! Chaque seconde est une éternité.
Heureusement, après le passage du convoi, il est toujours libre ;
libre et entier.
Certains prisonniers jettent aussi discrètement par la vitre des
compartiments des lettres minutieusement pliées, à l'adresse de
leurs familles. Grâce à la solidarité des populations, ces mots
récupérés au hasard sur les rails vont arriver à destination. |
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Aux camps de travail
Ceux qui n'étaient pas juifs, ni « terroristes présumés, ont reçus
des allemands à Montauban, une somme d'argent pour servir de main d'oeuvre
dans leurs entreprises.
Là, les conditions de vie, vont être diverses, parfois supportables,
souvent très pénibles, selon la nature des travaux imposés et les
patrons ou contremaîtres qui emploient et dirigent.
"... On vivait dans des baraquements en planches. On couchait sur
de la paille avec une ou deux couvertures. On était vêtus en
treillis avec des sabots (semelle de bots, tige en cuir) l'hiver
1944 - 1945, il faisait très froid (mon tricot venant de Maurs, je
l'ai reçu parla Croix Rouge un jour où la température était de moins
trente degrés).
Comme nous étions enrôlés de force pour le travail, on nous donnait
un petit pécule pour pouvoir acheter la nourriture. Nous allions
chez les commerçants qui nous donnaient en échange ce qui se
trouvait dans le magasin : pommes de terre, margarine, vinaigre,
très peu de pain. Nous complétions les repas avec des feuilles
d'orties et des pissenlits (feuilles et racines) cuites à l'eau avec
un peu de vinaigre pour l'assaisonnement.
L'hiver, il fallait casser 20 centimètres de glace pour faire sa
toilette. Nous étions remplis de poux
Et ici, aussi, en camp de travailleurs libres, les hommes
s'organisent pour entraver les actions de l'ennemi, pour « résister
».
« Nous travaillions dans une ancienne filature et nous révisions ou
« retapions les véhicules militaires, qui revenaient du front russe.
J'étais affecté aux moteurs. Chacun avait sa partie. J'avais à mes
côtés un patriote tchèque qui me disait que pour ne pas être ennuyé,
il fallait faire du travail correct. Quand nous avions passé les
moteurs au banc d'essai et de rodage, ils étaient ensuite montés sur
les camions et de nouveau vidangés. C'est à ce moment là que pendant
que l'un d'entre nous surveillait, l'autre pouvait saboter le moteur
avec de l'émeri. Chacun dans sa partie faisait un sabotage ...»
Vers les camps
de concentration
Les prisonniers sont entassés dans des
wagons de bestiaux. Chacun d'entre eux peut lire l'inscription :
hommes 40 - chevaux en long 8 ». Et voici qu'ils se trouvent à cent
dans chaque wagon.
Mais ils gardent espoir malgré tout : « Oh !, disent certains, on
passe dans de ces trous perdus, les Résistants vont bien finir par
nous libérer ! ... »
En attendant, les heures passent. En Seine et Marne, le convoi doit
ralentir en raison des bombardements alliés sur les voies de chemin
de fer. Quelques hommes en profitent pour s'évader.
Après plusieurs jours sans nourriture et sans boisson, les
prisonniers ne peuvent plus parler, leur langue est devenue trop
épaisse, sèche comme du bois.
Les nerfs craquent ... Heureusement, la pluie tombe enfin dans la
nuit. Alors chacun à son tour essaie de se désaltérer au travers des
rares interstices du wagon.
Puis le train arrive en gare de Neuengamme.
Les soldats obligent les survivants à sortir les morts des wagons
pour les compter.
Sous les coups de matraque, les détenus sont ensuite rangés en
colonne, et dirigés vers l'enceinte du camp.
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Au camp de concentration de Neuengamme
Dans un baraquement, les détenus doivent se mettre nu, retirer leur
alliance et leur montre. Ils sont ensuite rasés et tondus de pied en
cap.
Vient ensuite le moment de la douche où ils en profitent pour se
désaltérer.
Puis les prisonniers revêtent un habit usé et rayé : l'habit des
déportés.
Chaque individu n'est désormais plus personne. Chaque individu
n'est plus qu'un numéro matricule inscrit sur son vêtement. (A cette
période, les nazis ne tatouent plus le numéro matricule sur chaque
prisonnier, car il arrive trop de convois et le temps manque.)
A neuf, ils se partagent trois lits. Les journées, longues et
effroyables, commencent à cinq heures. Dés le réveil, les kapos
comptent et recomptent les détenus puis, vers six heures, leur
ordonnent de former des colonnes pour aller travailler.
Il faut alors piocher, charger des wagonnets, les pousser jusqu'à
une briqueterie.
Les Kapos hurlent : Schnell Schnell et souvent, les coups de
matraques s'abattent sur les prisonniers.
S'ils tombent, les hommes sont achevés par des SS d'une balle en
plein crâne. Leurs camarades, eux aussi à bout de force, doivent les
porter vers les fours crématoires.
A midi, les survivants ont droit à une gamelle pour trois contenant
une soupe de rutabaga ou de choux verts mêlés à quelques grains de
blé écrasés. Ils n'ont ni cuillère, ni fourchette, ni couteau.
Le soir, on leur ressert la même chose mais en plus petite quantité,
et on leur distribue le pain pour le lendemain. La résistance
toutefois tente de s'organiser. Des regroupements clandestins se
forment ici et là, liés au besoin de solidarité et à l'instinct de
survie.
Il s'agit aussi de ralentir les travaux et ce n'est pas facile ! Si
on est pris, on risque d'être pendu, sous le regard de tous.
Dans ces camps, plus généralement, couvert de poux et mal nourri,
dans le froid et sous les coups, on meurt à petit feu.
Au camp d'extermination d'Auschwitz
Le
2 juin 1944, les juifs maursois arrivent au camp d'extermination
d'Auschwitz.
Ils sont aussitôt triés, déshabillés, gazés et incinérés dans l'un
des quatre crématoires.
Au moins un million de juifs périt à Auschwitz, entre 1942 et
novembre 1944, et jusqu'à 12000 dans une seule journée. |
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Le
retour
« A la fin de la guerre, j'ai rejoint Prague, je suis allé
à la Croix Rouge où j'ai attendu huit jours afin d'être rapatrié.
Je suis
rentré en France par le Luxembourg. A la frontière, nous avons pu
envoyer un télégramme à nos familles.
Bien accueillis par les Français
qui nous ont reçus autour de grandes tables avec les victuailles et
boissons, les enfants des écoles chantant :
« Ça sent si bon
la France, ça sent bon le pays ».
Tous nous
pleurions."
Les survivants de la
rafle, partis de Maurs en groupe, sont rentrés un par un, de manière
dispersée, et à des dates éloignées.
La population n'a pas pu organiser une cérémonie collective du
retour. Chacun des hommes fut accueilli et fêté par ses seuls
proches.
A leur retour, un an ou quinze mois après leur arrestation, les
déportés en camp de concentration et les hommes contraints au
travail se sont sûrement sentis « déconnectés ».
Ils avaient quitté une ville occupée, des amis, et ils retrouvèrent
une ville et une population épurée. Sans doute ont-ils eu
l'impression d'être différents de leurs amis qui n'avaient pas été
raflés, différents du jeune homme qu'ils étaient en partant, un peu
étrangers chez eux, et pour le moins égarés.
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Le souvenir
Dès 1946, la ville de Maurs célèbre l'anniversaire
de la rafle du 12 mai.
Dans un premier temps, il s'agit de rendre
hommage aux victimes et de fêter les survivants.
Puis, s'est peu à peu ajoutées la nécessité de perpétuer le
souvenir, la volonté d'empêcher qu'avec l'oubli du passé, de
nouvelles rafles ne surviennent, dans le Cantal, comme ailleurs.
Le souvenir inscrit dans la pierre
Le
souvenir a pris la forme de monument et de plaque de types
différents.
-
route de Bagnac, une stèle construite en 1946, dessinée par un
architecte et offerte par un marbrier de Maurs, a été inaugurée le
12 mai 1946, en présence de victimes de la rafle.
-
une plaque, rue figeagaise en marbre blanc a été apposée le 12 mai
1945 à la mémoire du jeune homme abattu par les nazis parce qu'il
fuyait.
-
le conseil municipal a aussi décidé de nommer une rue rue du 12 mai
1944
Le souvenir inscrit dans l'encre
La
rafle du 12 mai a également fait l'objet de publications,
-
soit sous la forme de recueil de témoignages,
-
soit sous la forme d'essai historique.
La rafle du 12 mai 1944 n'a donc jamais été oubliée et tardivement
redécouverte.
La
population de Maurs, pour qui elle e représenté un traumatisme
collectif, a toujours conservé son souvenir, l'a exprimé dans la
pierre ou par les mots et le transmet de génération en génération.
La
journée du 12 mai n'a pas davantage été oubliée, au-delà de
l'agglomération maursoise et tout au long des décennies.
Par sa primauté, son ampleur et ses victimes, cette rafle a été et
reste l'une des dates majeures de l'histoire cantalienne du
vingtième siècle.
"...
Enfin le 5 juin 1945, un télégramme de la frontière m'apprend
que mon frère venait de rentrer en France il avait beaucoup maigri mais il était là et c'était
le bonheur retrouvé
"Il y eut
l'oppression, l'horreur, ces vies piétinées, ces vies gâchées et
puis il y eut le combat et la résistance, qui permirent le retour de
la paix et la liberté.
Oublier ce passé
reviendrait
à trahir et à renier la lutte des uns
et le massacre des autres, nos frères. Oublier les camps
de concentration et
ceux d'extermination, oublier Auschwitz et Dachau, oublier le
génocide et les tortures, autoriseraient leur retour.
C'est pourquoi, il
faut être vigilant, et veiller que plus jamais, nulle part, ne
repousse et s'étende ce chiendent.
" |
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Considérations
On
peut affirmer que :
La
seule certitude unanimement admise est la volonté de la division «
Das Reich de terroriser gratuitement et amplement
les populations des régions traversées, lors de son mouvement vers
les sites des débarquements alliés.
On
peut supposer que :
1.
Insatisfait des résultats des opérations menées à Latronquière et
dans ses environs, l'Etat major de « Das Reich »
a décidé de les prolonger à Maurs
2.
Informés par des miliciens et des collaborateurs d'une éventuelle
participation de maursois et / ou d'hommes des
chantiers de Jeunesse à la Résistance, les nazis ont décidé de
stopper net leur combat en faisant d'eux des otages,
des prisonniers, des travailleurs forcés ou bien encore des fusillés
3.
Cette action de représailles a été organisée dans la région
maursoise à la suite de l'enlèvement de trois soldats allemands et /
ou de l'attaque par le maquis du convoi qui ramenait le corps d'un
milicien exécuté
4.
Les
nazis ont mené cette opération, dans le Lot comme dans le Cantal,
dans le but premier de récupérer de la main
d'oeuvre pour leurs usines du grand Reich
5.
c'est parce qu'ils menaient une traque systématique des résistants
que les nazis ont réalisé ces rafles, dans le Lot
et dans le Cantal
6.
c'est la réunion de plusieurs hypothèses qui a décidé l'Etat major
de la division « Das Reich à commettre cette opération
Les
documents d'archives et les travaux des historiens ne permettant pas
de trancher définitivement, on peut aussi
supposer que cette opération nazie a été perpétrée sans aucune
raison, à la seule fin d'appliquer des techniques de
terreur.
Bon à voir et à savoir
La
Croix Rouge a pu apporter soins, nourriture et vêtements aux
prisonniers de la caserne des Dragons, et à ceux de
la caserne de la Pépinière à Paris.
La
deuxième division de Panzer « Das Reich est une des premières
divisions à être constituée. (l'Allemagne n'avait
plus d'armée depuis 1918). Elle participe à l'invasion de la France
en 1940 et combat sur le front de l'Est, en juillet
1943 où elle subit des pertes énormes. Elle est ensuite retirée du
front puis reconstituée dans le Tarn et Garonne. Son quartier
général est à Montauban où elle stationne en juin 1944.
En
juin, l'ordre lui est transmis de rejoindre le front de Normandie où
le débarquement des alliés vient de se dérouler,
en empruntant la région de Tulle et Limoges.
Sur sa route, la « Das Reich « va commettre crimes et exactions,
appliquant des techniques de terreur mises en oeuvre
depuis 1941 sur le front de l'est :
13
Le bouclage d'une localité (exemple de Meurs),
(3
Les représailles dans la lutte contre les « partisans « (exemple de
Tulle, le 9 juin 1944)
13
L'anéantissement d'un village, le massacre systématique de sa
population, suivi de la tactique de « la terre brûlée
» (telle Oradour-sur-Glane, le 10 juin 1944).
Cette
division blindée, d'environ 18 000 hommes, comprend en 1944 une
majorité de Volksdeutsche, des militaires
de langue allemande n'appartenant pas au Reich proprement dit (parmi
eux, un grand nombre d'Alsaciens et de Lorrains, récemment
incorporés, mais aussi des luxembourgeois et des allemands
originaires de Yougoslavie, de Hongrie et de Roumanie.)
Cet
amalgame n'a pas la valeur combative des anciens, mais un
encadrement solide et une discipline impitoyable
et surtout la crainte de représailles sur les familles restées au
pays, créent des liens puissants et efficaces.
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Vocabulaire militaire
Armistice : accord par lequel les pays en guerre suspendent
le combat
Division (une) : grande unité militaire. Une armée se compose
de plusieurs divisions. Chacune d'entre elles est composée d'environ
10 000 combattants. Les divisions se divisent en régiments, eux
mêmes divisés en bataillons, puis en compagnie.
Armée - divisions - régiments - bataillons - compagnies Parmi les
divisions SS, la « Das Reich était l'une des plus
redoutées.
SS : Police militarisée du parti nazi . (Initiales de Schutz
Staffel). Les SS furent d'abord les escadrons de protection de
Hitler, reconnaissables à leurs chemises noires. A partir de 1939,
ils furent chargés du contrôle des territoires occupés. Ils
assurèrent aussi la gestion et la garde des camps de concentration.
La roulante : voiture-cuisine employée par les troupes en
campagne.
Vocabulaire politique
Reich : terme allemand, signifie empire. Le III Reich est
l'Etat allemand dirigé par Adolf Hitler de 1933 à 1945.
Camp de concentration : camp dans lequel
sont rassemblés sous surveillance militaire ou policière, soit des
populations civiles de nationalité ennemie, soit des minorités
sociales ethniques ou religieuses.
Collaborateur : individu de nationalité française qui aida
volontairement les nazis
Génocide est l'extermination intentionnelle systématique et
programmée d'un groupe ethnique, linguistique, national, religieux
ou « racial ».
Du grec genos, naissance, genre, espèce et du terme latin caedere,
tuer. Ce terme est apparu pour la première fois en octobre 1945 dans
l'acte d'accusation du tribunal militaire international de
Nuremberg, pour définir les crimes perpétrés par les nazis à
l'encontre des peuples juif et tzigane. Ce néologisme témoigne de la
volonté de la communauté internationale de punir un crime jusque là
inconnu du vocabulaire juridique pénal et de la nécessité de
qualifier la destruction systématique du peuple juif par l'état
hitlérien. Pour parler du génocide juif, on utilise souvent le terme
hébreu de « shoa ». Pour parler du génocide tzigane on parle de «
porrajmos ».
Nazisme : idéologie politique du troisième Reich définie pour
la première fois en 1925 par Hitler dans son livre « Mein Kampf »(«
Mon combat »). Le nazisme prône la supériorité des aryens sur tous
les autres hommes (le vrai aryen, selon Hitler, est celui qui est
physiquement proche du genre germanique de l'homme pâle, aux cheveux
blonds, aux yeux bleus, et de religion chrétienne). Les nazis
classent les populations en fonction de ce qu'ils appelaient les
races à éduquer », les français, par exemple, et « les races à
exterminer », les juifs et les tziganes.
Vocabulaire social
Exode : migration de la population française pour fuir la
progression de l'armée allemande. Après les popula¬tions des
départements du nord, ce sont les parisiens qui, à leur tour, ont
fui leur ville entre le 10 et le 14 juin. Tourcoing conservait à
peine 700 habitants tandis que Beaune la Rolande un bourg de 1700
âmes devenait une ville de 40 000 personnes.
Croix Rouge : organisation internationale de secours fondée à
Genève en 1863 pour venir en aide aux blessés et aux victimes de la
guerre.
Epuration : Après la libération de la France, les miliciens
mis en cause et « Le chat botté ont été arrêtés ; jugés pour
collaboration et exécutés.
Ethnie : désigne une population dont l'unité repose sur une
communauté de langue, de culture et qui possède une structure
familiale, sociale et économique homogène.
Dachau : camp de concentration allemand, en fonction de 1933
à 1945.
Neuengamme : camp de concentration allemand, en fonction de
1940 à 1945,
S.T.O. : service du travail obligatoire, mis en place en
1943, il obligeait les hommes de 20 à 23 ans à aller travailler en
Allemagne.
Kapo : détenus des camps de concentration généralement
condamnés de droit commun, chargés par les S.S de commander les
équipes de codétenus travaillant à l'extérieur ou dans les services
du camp.
Déporté résistant : personne détenue dans un camp de
concentration ou d'extermination pour acte qualifié de résistance à
l'ennemi.
Sont considérés comme lieux de déportation au cours de la guerre,
les prisons et camps dont la liste figure dans le code des pensions
militaires d'invalidité.
Déporté politique : personne détenue
dans un camp de concentration ou d'extermination pour tout autre
motif qu'un acte de résistance ou qu'une infraction de droit commun.
Sont considérés comme lieux de déportation au cours de la guerre,
les prisons et camps dont les listes ont été publiées dans le code
des pensions des pensions militaires d'invalidité.
Personne contrainte au travail en pays ennemi : personne astreinte à
travailler pour l'ennemi, tant en France que dans les pays ennemis
ou occupés par l'ennemi, à l'issue d'une rafle ou d'une réquisition
opérée en application des réglementations instituant le service du
travail obligatoire, ou personne incorporée de force dans une unité
allemande.
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Maurs avant le tragique réveil.
N.B : ce dépliant mêle faits précis et témoignages personnels en
italique.
La responsabilité des témoignages ne saurait incomber aux
concepteurs de cette publication.
Bibliographie :
J.P. Azema, De Munich à la Libération, 1938 - 1944, Le Seuil 1979,
réed 2002
H.R. Kedward, A la recherche du maquis, Editions du Cerf, 1999
G. Lacan, Figeac en Quercy sous la terreur allemande, avril juin
1944, édition NM
E. Martres, Le Cantal de 1939 à 1945, de Borée, Cournon d'Auvergne,
1993
Photos : Collection M. Vigier. Illustrations : Mme Martinez.
Collection M2C coordonnée par S. DespauxService de l'ONAC du Cantal
Rédaction : groupe de travail de la commission Mémoire a
Remerciements à : Messieurs F. Cifre, T. Coudert, G. Klimbert, C.
Lassaque, E. Martres, E. Piganiol et sa fille.

O.N.A.C. Service départemental du Cantal
Maison des affaires sociales - rue de l'Olmet B.P. n' 726 15007 Aurillac Cedex
Tél. : 04 71 46 83 90 - Fax : 04 71 46 83 94
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