|
Juin 1943
La classe 43 va devoir effectuer 8 mois dans les « chantiers de
Jeunesse ». Je suis convoqué fin Juin pour la visite médicale et
pour être affecté à un groupement dans le midi de la France. Début
Juillet direction groupement 24 à st Afrique dans l'Aveyron moyen de
transport, sur des wagons plate-forme SNCF au grand air 2 jours de
route en passant par Neussargues, Millau, Tournemire arrêt en gare.
Rassemblement, puis 15 kilomètres à pieds pour arriver au camps du
24. Revisite, piqûres etc., organisation des équipes, distribution
des tenues, assez disparates... ainsi que du paquetage, prise en
main par l'encadrement des Chantiers. Côté subsistance régime
Jockey. Matin : 3 tomates une poignée de gros sel, 1 quart erzat de
café 1 boule de pain de maïs pour 8 par jour. midi – soir. Julienne,
carottes, topinambours, rutabagas, 1 quart de vin baptisé, quelques
fois un bâton de figues pas de sucre (saccharine) café d'orge etc.
etc.
Les habitants du pays sont au même régime que nous. Le matin 6h30
réveil, une demi-heure de sport(hébertisme) le ventre vide, 8 heures
salut aux couleurs au pied du mât, chant « Maréchal nous voilà »,
puis en cours de journée marche d'épreuve dans la campagne, ordre de
saluer les militaires allemands en rectifiant la position. Je
commence à avoir des idées dans ma tête, difficile toutefois à
mettre en pratique pour le moment.
Fin
Juillet 1943
Presque 1 mois que je suis à ce régime, l'infirmerie du camp tourne
à plein, amaigri, les ceintures se serrent de plusieurs crans.
Vers la fin Juillet 1943, le chef de
groupe signale au rapport que la musique nationale des Chantiers
groupement 42 à Chatel Guyon (P de D) sollicite dans les camps les
jeunes désirant passer le concours d'entrée précisant toutefois
qu'il fallait avoir un certain bagage comme musicien harmonique ou
batterie.
Avec un de mes camarades aurillacois Jean Montinart nous avions
appris à jouer caisse claire et tambour. Nous nous faisions inscrire
pour Chatel, nous avions un ordre de mission de 48.
heures y compris les délais de route... pour nous rendre dans le Puy
de Dôme.
J'ai toujours l'idée en moi que je ne resterai pas longtemps dans
ces Chantiers dont l'encadrement applique avec beaucoup de rigueur
la voie de la collaboration avec l'occupant.
Ne nous faisans aucune illusion sur le résultat du concours, à notre
grande surprise, le tambour major nous déclara que nous étions admis
à la musique des C.J.F. au groupement 42.
Le camps de la musique avait un avantage particulier... proche de
Vichy. Souvent le Gouvernement du Maréchal sollicitait la
participation de ses exécutants pour des prises d'armes, des défilés
à la gloire des organismes collaborateurs en présence des
autorités occupantes ,de la milice etc.
Le seul avantage, une meilleure nourriture, tenue et paquetage
neufs, malgré cela toujours cette idée obsédante : « Comment me
sortir de ce cirque Collabo ? », peut être en cours de tournée, mais
où aller, sans papiers, sans argent à la merci de contrôles, de
rafles, les premiers résistants n'avaient pas pignons sur rue.

Dans le camps du 42 à Chatel Guyon, réveil le
matin 6h30, séance d'hébertisme, salut aux couleurs appel trois fois
par jour couvre feu du soir 21 heures au matin 6 heures. Une section
allemande prenait position sur un monticule dominant le camp (Le
Calvaire) mitrailleuse en batterie pour dissuader toute tentative de
sortie du camp,. Un état major de l'armée du Reich occupait les
principaux hôtels de la ville, sur le « Splendid » un immense
drapeau hitlérien flottait au vent une importante garnison souvent
en manoeuvre dans la campagne en attente de son départ pour le
front.
Août, septembre, octobre 1943
Bientôt 3 mois de présence au groupement 42. nos chefs toujours
fidèles au Maréchal et à la Collaboration. Je suis de plus en plus
mal à l'aise dans cette musique. Le tambour major se rend compte de
mon rejet des ordres reçus. Ayant eu vent par un copain secrétaire,
d'une circulaire adressée à tous les groupements et faisant état
d'une prochaine réquisition de la classe 43 au titre du S.T.O. Nos
anciens de la classe 42 avaient été embarqués directement du camps
direction gare de Rions et départ pour l'Allemagne.
Novembre 1943
Ayant fait part à mon camarade Jean de ma décision de déserter les
Chantiers, il ne fut pas d'accord pour me suivre craignant comme
moi-même des ennuis pour nos proches de la part de la police de
Vichy ainsi que des occupants.
Un matin de mi-novembre 1943 ayant préparé mes meilleurs vêtements.
Blouson de cuir, pantalon, chaussures, au lever du couvre feu j'ai
pris le chemin de la LIBERTE... avec les aléas, les incertitudes,
les risques qu'il me faudrait encourir, je serai recherché par la
police, la Milice, de toute façon mon choix était fait, adieu le
groupement 42 « Nids de Pétainistes ». J'ai 20 ans, le moral est
bon, il me faudra trouver maintenant le chemin de la vrai «
RESISTANCE ».
Novembre 1943, Décembre 1943
Janvier, Février, Avril, Mai ,Juin, Juillet, Août 1944...
Ils sont venus, nous avons des armes.
Je garde de mes jeunes années des souvenirs de joie passagère, d'une
franche camaraderie, de cette peur toujours présente en moi face à
l'incertitude du lendemain de l'espoir que j'ai eu à ce moment là
qu'un jour peut être, le bruit sourd d'un pays qu'on enchaîne
deviendrait comme dans le chant des partisans un pays où les gens
aux creux des lits feront des rêves.
Beaucoup d'évènements s'étaient passés pendant cette période de mon
existence, ma jeunesse en avait pris un coup, comme je le dirai
aujourd'hui « un sacré coup de vieux ».



|