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Sommaire Histoire Locale
Antoine Sauret est né le 25 août 1904 à
Murat. Il fut responsable cantonal des FTPF à Murat.
C’est l’un des 117 habitants de cette ville qui
furent déportés par les Allemands en juin 1944 et dont 85 devaient
trouver une mort affreuse dans les camps nazis. A l’occasion du 20°
anniversaire de la libération des camps d’extermination hitlériens,
il a bien voulu évoquer devant nous, pour les lecteurs du « Cantal
Ouvrier et paysans » l’indicible horreur du calvaire des déportés
Murat le 12 juillet 1944.
Murat le 12 juin 1944.
Je revenais seul du maquis de Mandailles où en qualité de
responsable cantonal des Francs Tireurs Partisans Français j’avais
conduit deux jeunes patriotes de Clermont Ferrand. J’ignorais qu’un
drame se préparait à Murat ce jour-là.
A la hauteur du cimetière vieux, les frères Brugiroux, menuisiers,
me crièrent : « Ne descends pas en ville, les boches sont là ». Je
les suis.
A peine avons-nous pris un chemin de traverse dans le creux duquel
nous nous dissimulions qu’à cent mètres de nous une mitraillade
éclate. Les Allemands, nous l’avons appris le lendemain, venaient de
commettre à Murat leurs premiers crimes. Ils avaient tué Maire et un
jeune berger qui allait chercher du pain.
Nous
coupons alors en direction Virargues. On tire sur nous, nous nous
dissimulons et sommes bientôt hors d’atteinte. A Virargues où nous
restons toute la journée nous observons les avions allemand qui
passent sur la région de Murat et les bruits d’une intense
fusillade nous parviennent
Que se
passait-il ?
Nous en
eûmes le lendemain l’explication.
Les
Allemands, accompagnés des traîtres de la Milice, étaient venus à
Murat pour procéder à des arrestations de patriotes.
(1)
Mais des
maquisards les surprirent ; sur la place du Balat un terrible combat
s’engagea.
(2
)
Les Allemands et les miliciens relevèrent 21 morts dont le sinistre
Kessler, chef de la gestapo pour la zone sud.
Murat 24 juin 1944
Du 12 au 24
juin je continuai mon activité de résistant ; j’assurai plusieurs
liaisons avec le maquis et affichai un tract manuscrit appelant les
patriotes à l’union contre l’occupant.
Le 24
juin, dès l’aube, Murat est encerclé ; les Allemands, craignant sans
doute une nouvelle attaque ont pris cette fois leurs précautions.
Non seulement ils occupent tous les points stratégiques autour de la
ville mais des détachements parcourent les environs..
Dans la
ville des patrouilles circulent
On arrête
les hommes aux cris: « Papiers ! Mairie ! »
Vers 11
heures ils se présentent à ma porte. Je dois les suivre à la mairie.
Beaucoup,
croyant à une simple vérification des papiers d’identité se sont
présentés spontanément. Nous sommes maintenant entassés dans la
salle de la mairie, collés contre les murs. Que veut-on faire de
nous ? On relâche tous ceux qui ont plus de 50 ans et nous
commençons à comprendre.
A cinq heures du soir, en rang par quatre nous
prenons la route de Saint Flour. Nous sommes 117, parmi nous des
jeunes de 18 à 20 ans : Fontaine, Servet, Chapuis, Portefaix… On
nous aligne conte le mur de la ferme Modenelle ; deux mitrailleuses
sont braquées contre nous. « Soyons stoïques » dit quelqu’un près de
moi. Nous nous préparons à mourir après un dernier regard vers les
toits gris de la vieille ville…Mais trois cars arrivent dans
lesquels nous sommes entassés sans ménagement..
Arrêt à Saint Flour. Nous nous entre-regardons.
Nous pensons tous à nos camarades fusillés à Soubizergues non loin
de là le 13 juin. Va-t-on ici nous faire subir leur sort ? Mais non,
nos bourreaux ont étanché leur soif et les cars repartent dans la
direction Clermont Ferrand où nous arrivons à la nuit. Sans aucune
nourriture nous sommes entassés dans deux salles de la prison du 92°
RI. Nous devrons attendre jusqu’au lendemain la distribution d’une
soupe claire et infecte.
A Clermont, les interrogatoires de
la
Gestapo.
« Chassagny, Lanez, Saurret, Chauliguet,
suivez-nous » hurlent dans notre prison les gardiens de la
gestapo et, séparément, nous sommes « interrogés ».
« Déshabille-toi salaud ! Allonge-toi sur ce
banc » Et les coups pleuvent, des coups de bâton assénés à toute
volée, comme des coups de fléau.
- Tu es secrétaire
du Parti Communiste ? »
-
Je l’étais, mais je ne le suis plus.
-
Tu as distribué des tracts ?
-
Non
-
Tu connais Delpirou ? Saunières ?
(3).
-
Non
Les coups redoublent.
-
N’as-tu rien à ajouter ? Nous te donnons une dernière chance
me dit l’un de mes tortionnaires en appuyant le canon de son
pistolet sur mon oreille.
-
Non
-
C’est bon, habille-toi, tu ne seras pas fusillé, salaud, ce
serait trop doux, tu seras pendu !
Après cet « interrogatoire » dont les traces
demeurèrent longtemps sur mon corps je rejoignis mes camarades en
prison. Plusieurs avaient subi le même traitement que moi. Quatre
avaient été libérés.
Nous restâmes une semaine environ à Clermont
avec pour toute nourriture, chaque jour, une eau saumâtre dans
laquelle flottaient des fragments de feuille de chou. La menace de
mon tortionnaire « tu seras pendu » me revenait souvent à l’esprit.
Au camp de Compiègne
Attachés deux par deux par des menottes
aux premiers jours de juillet nous quittons les prisons du 92 RI
entassés dans des cars Michelin. Voyage terrible. Au moindre
mouvement les menottes se resserrent ; nos poignets enflent ;
impossible de bouger. La soif nous torture ; comment faire nos
besoins ? Nos gardiens rient de nos souffrances.
Combien de temps dura le voyage, je ne m’en
souviens plus.
Nous sommes arrivés au camp de Compiègne bondé
déjà de prisonniers. Sommes-nous 1200 ? 1500 ? En troupeau, parqués
les uns sur les autres, Français, Polonais, Russes, Lithuaniens…
Nous attendons 15 jours, à peu près sans autre nourriture que
quelques biscuits et morceaux de sucre de la Croix Rouge. Nous
faisons déjà le terrible apprentissage de la faim.
120 par wagons à bestiaux
Nous savons que Compiègne est la dernière étape
vers l’Allemagne. Un jour de juillet on nous entasse, on nous
verrouille 120 dans un wagon à bestiaux avec, pour toute viatique
100 grammes de pain et un rond de boudin noir.
72 heures nous resterons là les uns sur les
autres. L’odeur est intenable, la soif nous torture notre langue se
colle au palais quand le convoi s’arrête dans les gares ou en
pleine campagne. Un cheminot apitoyé par nos cris arrose le wagon
avec la grue à eau. Je bois quelques gouttes dans un sabot. C’est un
délice. Le lendemain nous boirons notre urine.
Déjà dans notre wagon, deux camarades dont un
docteur ont perdu la raison. Plusieurs tentent de s’évader dont
Durif de Murat. Que sont-ils devenus ? Nul ne le saura mais des
sentinelles alertées tirent sur le wagon. Des hommes geignent.
Comment les secourir ? Et la soif et la faim nous torturent. Où
sommes nous ? Où allons nous ? Perdrons-nous tous la raison avant de
mourir ?...
L'enfer de
Neuengamme
Nous croyions avoir touché le fond de la
détresse, les souffrances que nous avions subies n’étaient hélas
rien comparées à celles qui nous attendaient.
Quel jour de juillet étions nous quand la
dernière fois après cet infernal voyage le convoi s’arrêta ? Comment
l’aurions nous su ? Mais tout de suite nous comprîmes que nous
étions arrivés.
Les SS et les chiens
Les
portes s’ouvrent. Deux SS entrent en hurlant. A coups de schlague
ils nous font lever et sortir. Aveuglément, ils frappent. Les morts
ne sont pas épargnés. Bousculés, meurtris, aveuglés par la lumière
du jour nous tombons hors du Wagon, , deux mitrailleuses sont
pointées sur nous.
En colonne par cinq, au galop, des chiens, des
chiens énormes à nos trousses qui déchirent les traînards dont les
jambes flageolent, voilà comment nous sommes entrés au camp de
Neuengamme.
Le camp est sinistre ; notre horizon c’est
désormais ces rangées de baraquements gris entourés de barbelés.
A coups de schlague, nous sommes jetés,
entassés dans une espèce de cave.
La chaleur est insupportable, la sueur
dégouline sur nos visages, la soif nous torture, l’odeur est infecte
et nous restons là des heures. Raffinement de cruauté on laisse
couler une douche dans un coin. Je m’approche pour boire. Nouveaux
coups, nouvelles insultes.
« Déshabillez-vous ! » hurlent nos gardiens.
Sans ménagement nous sommes rasés de toutes
part. Le même savon servira à tout le convoi.
Nous avons appris, déjà à surmonter tout
dégoût. Et on nous jette la chemise et le pantalon rayés. Les
bagnards des temps les plus cruels avaient-ils un autre aspect ?
On nous compte150 et, suivis des chiens et des
SS, nous galopons vers le baraquement qui nous a été affecté.
12 par châlit
Comment pourrons nous dormir 150 dans cette
baraque ? Mais il est hors question de dormir ; il faut s’entasser
sous les coups, tant bien que mal. Nous sommes 12 par châlit ; il y
a de la place pour quatre. Impossible de s’allonger. Nous sommes
assis, recroquevillés, tête-bêche, les pieds d’un camarade sur notre
visage, à même les lattes qui nous meurtrissent. Et nous apprendrons
à sommeiller dans ces conditions, nous réchauffant à la chaleur des
voisins, totalement immobiles, malgré l’inconfort de notre position,
pour ne pas gêner les autres. Si encore nous avions pu rester ainsi
de longues heures !..
Appels, alertes,nouveaux supplices
Mais
les appels semblaient être l’un des passe-temps favoris de nos
gardiens, des appels qui nous tiraient brutalement d’un
engourdissement doux à notre fatigue ; des appels qui duraient des
heures. Maudits appels ! Quel déporté ne s’en souvient ? A toutes
les heures, par tous les temps, il fallait rester debout, immobile,
silencieux. Le froid, la pluie, sur nos pauvres corps presque nus.
Et les alertes de nuit ! « For Alarm ! »
criaient nos bourreaux. Pourchassés par les coups de schlague qu’il
était difficile d’éviter dans l’obscurité, nous nous entassions dans
des abris plus exigus encore que nos baraques. L’alerte finie, nous
regagnions nos châlits heureux malgré tout si, quelques heures plus
tard, une nouvelle alerte ne nous chassait brutalement.
Un chien aurait-il résisté ?
Les kapos (4) nous
réveillaient le matin de bonne heure. Le déjeuner : dans une
assiette, pour deux, un bouillon clair que nous partagions jusqu’à
la dernière goutte. Et en route pour le Kommando de travail, auquel
nous étions affectés. Jusqu’à midi nous restions courbés sur le
travail imposé, silencieux, pour éviter les coups qui pleuvaient au
plus petit prétexte.
A midi, sur les lieux du travail, distribution
de 125 grammes de pain, de cinq grammes de margarine et, parfois,
s’il y en avait à proximité d’un peu d’eau. Travailler, manger si
peu, être battu, dormir à peine, un chien y aurait-il résisté ,
La première fois que je suis sorti du camp,
avec un groupe de sept ou huit camarades, ce fut pour décharger une
péniche de mâchefer. Le travail n’avançait pas assez vite au gré de
nos gardiens. La schlague fouettait souvent nos corps. Notre
camarade Cassagne est jeté à l’eau par les SS. Nous le repêchons
avec mille difficultés, car les forces nous manquaient sous les
insultes et les coups. Le soir à notre retour, nous avions tous les
mains en sang.
« Pourrons-nous tenir longtemps ainsi », nous
demandions-nous le soir, à la nuit tombante quand, titubant nous
regagnions nos châlits, après avoir, toute la journée arraché la
tourbe des marais ou porté des fardeaux de planches ?
Dans un Kommando à Brême
Au début d’août 1944, un kommando de 1200
détenus environ est form. J’en fais partie. Nous sommes entassés une
nouvelle fois dans des wagons pour une destination inconnue sans
pouvoir dire une parole d’adieu à nos compagnons de malheur. Où nous
arrêterons-nous, quel sort nous attend ? Nous n’osons espérer rien
de favorable, mais qui sait ?
Tout espoir n’est pas mort en nous…
Le convoi s’arrête près de Brèmes. Ici la vie
hélas sera pour nous et la mort aussi pour beaucoup comme à
Neuengamme.
A l’intérieur les Kapos font aussi la
loi ; au travail les soldats en armes nous surveillent.
Je retrouve là quelques Muratais : Loussert,
Georget, L’Héritier, Chassang, Chassagny, Collier, Niocel,
Poudeyroux.
Jour après jour nous perdons nos forces ; les
brumes d’automne, les premiers froids nous déciment. Pendant les
appels, au travail, des camarades tombent.
Les coups n’y font rien, ils ne se relèveront
pas. Les Kapos, furieux cravachent les mourants, les piétinent et
c’est un cadavre que nous porterons au camp le soir. Lugubre convoi.
Nous n’avons pas la force de pleurer mais Kapos et SS rient de nous
voir ployer sous un fardeau si léger. Les kapos et les soldats rient
et leur rire pue l’alcool.. Le chef du camp surtout est un ivrogne.
Un plaisir pour lui est de nous mettre en ligne et de compter en
riant combien de coups de poings lui suffisent pour renverser toute
la rangée de détenus.
Georges est battu à mort
A
mesure que les mois passent nos gardes deviennent plus odieux. Un
jour de janvier, Gabriel Georget est accusé par les Kapos (4)
d’avoir volé un bout de pain. Ils le suspendent par les mains à des
poutres ; les pieds ne touchant pas le sol et ils le rouent de
coups. Il restera là, entièrement nu devant la porte du chef de camp
toute la journée, par un froid terrible.
Le soir, nouvel interrogatoire, à coups de
schagen, à coups de tabourets. Il paraît mort, on le met dans un
cercueil. Il revient à lui, les kapos l’achèvent.
Combien sont morts ici ? La moitié de
l’effectif sans doute. Chassagny, Collier, Poudeyroux ne reverront
plus Murat.
3 MAI 1945, LA LIBERATION
Un kommando de Russes qui travaillait hors du
camp ne rentra pas un soir. Ils avaient sans doute tenté de
s’évader. Les appels et contre appels durèrent longtemps ce soir là.
Pendant des heures on nous fit sauter à
croupetons, sous les coups autour de la cour à la file indienne.
Malheur à celui qui n’avait plus la force d’exécuter cette
gymnastique grotesque, nos bourreaux s’acharnaient sur lui.
Cette vie durera jusqu’à la fin mars, le début
avril peut-être. A ce moment là, nous sommes expédiés de nouveau au
camp de Neuengamme pour quelques jours seulement. Les habitudes n’y
ont pas changé : les coups, la chambre à torture pour avoir cassé
un manche de pioche : des cris de douleur. Le four crématoire fume
sans arrêt dans une odeur de chair brûlée. Cette fumée, combien de
fois l’avons-nous suivie des yeux dans le ciel lourd. Beaucoup de
mes camarades sont morts depuis notre premier séjour ici. Un jour,
sans que nous sachions pourquoi, on nous a changé de prison.
Les bagnes flottants
Nous
sommes répartis sur quatre bateaux : le Deuchland, amarré à quai,
l’Athéna et le Thilbeck amarrés à quelques centaines de mètres du
rivage et le Cap-Arcona, plus loin de la terre.
Nous passerons là trois ou quatre semaines
horribles, entassés à fond de cale, les uns sur les autres, sans
nourriture, morts et vivants à même la tôle et les rivets, sur nos
excréments, dans l’obscurité totale. Est-il midi ou minuit ? C’est
toujours la nuit. La fantaisie de nos boourreaux nous fait changer
de bateau. Dans quel but ? Le savaient-ils eux-mêmes ? Pour éprouver
nos dernières forces ? Pour compter les morts ? J’ai vécu ainsi
successivement sur les quatre bateaux.
Les bateaux sont armés de batteries
antiaériennes pour protéger la ville.
Trois semaines sans manger
Les nuits, de bombardement sont atroces. Les
bombes explosent sur la ville, sur les quais. Les canons antiaériens
placés sur le pont ébranlent le bâtiment.
Notre destin est-il d’être exterminés par les
bombes anglaises ? Les SS ainsi effaceraient leurs crimes.
Nous n’en pouvons plus. Nous subsistons
seulement grâce à l’eau saumâtre qui suinte le long des tôles. Nous
buvons notre rare urine. Nos dents sont clouées par la fièvre. Note
langue est collée au palais. Nous n’y voyons presque plus. Nous ne
sommes que des ombres et n’avons pas même la force de penser.
Peut-on croire que des hommes puissent ainsi
souffrir avant de mourir !
Le 3 mai 1945
Il était (je l’ai su depuis) trois heures de
l’après-midi. J’étais effondré au fond de la cale de l’Athéna.
Soudain je vis mes camarades, par grappes prendre l’échelle et, de
leurs pauvres mains amaigries se hisser vers le pont. Des poignets
trop faibles lâchent prise. Le bateau coule-t-il ?
Je les suis en titubant. La tête me tourne.
J’arrive enfin sur le pont le dernier. Nos gardiens ont des mines
étranges et leur silence me surprend.
Sur le quai des chars inconnus sont alignés.
Nous voyons des uniformes nouveaux. Est-ce possible ? Sommes-nous
libérés ?
Les plus vigoureux d’entre-nous s’accrochent à
des câbles. Ils sont déjà sur le quai. Les soldats les embrassent.
Des cris de joie ! C’est sur, nous sommes libérés
Sur le quai je retrouve Chassang, Niocel,
Quairel, L’Heritier, Ebel.
Nous nous embrassons. Mais notre joie n’est pas
sans mélange : les trois bateaux sur lesquels nous étions il y a à
peine quelques jours, le Cap-Arcona, le Deuschland, le Thilbeck, ne
sont plus que des épaves calcinées. Ils ont été coulés les jours
précédents et des milliers de camarades ont péri dans leurs flancs…
Les anglais s’empressent autour de nous :
boire, à manger ! On me tend un seau de confitures. J’y plonge mes
deux mains à la fois. Je emplis ma bouche, mais mes forces me
trahissent et je m’effondre, sans connaissance.
De Neustadt à Murat
Je me retrouve à l’hôpital de Neustad.
J’y reste quinze jours dans un état de faiblesse extrême. (Je pesais
38kg contre 98 au départ de Murat). J’écris à ma famille.
Après un mois de soins dans un hôpital de
Bruxelles où je retrouve Paul Niocel je suis encore incapable de
marcher.
Je suis dirigé sur Paris où je reste quelques
jours à l’hôpital Bichat, puis sur Clermont Ferrand où ma mère et ma
femme me rejoignent.
Je rentrerai à Murat le 24 juin jour
anniversaire de mon arrestation pour y apprendre le terrible bilan
de la déportation : 85 Muratais sont morts dans les camps
hithlériens….
J’apprends là le terrible bilan de la
déportation. 85 Muratais sont morts dans les camps hitlériens.
En ce vingtième anniversaire de la libération
des camps, nos pensées à nous, les survivants, vont vers vous, nos
camarades disparus vers vos familles douloureuses.
Nous l’avons juré : nous ferons tout pour que
jamais les hommes ne connaissent pareille souffrance.
.
* * *
1. Ils arrêtèrent ce jour là, Mme Saunières,
Mme Espalieu, Cheyroux et Peschaud (Ces deux dernières devaient être
fusillés à Soubizergues près de Saint Flour).
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2. On peut voir encore les points d’impact des
balles sur la façade de la maison Rabbe notamment.
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3. Delpirou et Saunières étaient des résistants
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4. Les kapos étaient des détenus allemands,
surtout des droits « communs », que signalait sur leur tenue un
triangle vert. Retour Texte
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