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Le
couvent du Buis au début du XXe siècle
Dominant la vieille
ville, sur le flanc gauche de la Jordanne, l'imposant bâtiment de la Visitation
fait face au château Saint Etienne. Pendant sept siècles il a accueilli des
Bénédictines, puis des Visitandines. Acheté par la municipalité, il abrite
maintenant des logements sociaux.
Sept
siècles de présence religieuse
C'est en 1289 que le
premier couvent des Dames Bénédictines, créé en 1161 dans la rue qui porte leur
nom « rue des Dames », émigra sur la colline du Buis. D'Aurillac au Croizet,
tout était alors boisé. Un pont fut construit pour relier la colline à la porte
du Buis.
Le pape Alexandre II
écrit à l'abbesse Lucie qu'il prend le monastère Jean du Buis sous sa
protection. Les religieuses sont si pauvres qu'elle vont mendier dans les rues.
Elue abbesse de 1364 à 1374, Bertrande de Rouffignac fait part de sa peur des
Anglais. La ville d'Aurillac verse de fortes sommes aux envahisseurs qui se sont
emparés de Carlat et Roquenatou, protégeant ainsi les habitants et le monastère.
Les dots des abbesses
qui se sont succédées, ainsi que celles des filles de riches familles devenues
bénédictines, ont enrichi le couvent qui est propriétaire de terres et de
maisons. Marie de Saint Nectaire, abbesse de 1550 à 1558, soeur et nièce d'abbés
de Saint Géraud, mènera une vie « scandaleuse » souvent évoquée par les
historiens. Elle délaisse son monastère et fréquente les bals de la ville. Peu
après son remplacement, le 6 septembre 1559, les Huguenots pillent Aurillac et
le monastère.
La vie du monastère
est prospère au XVIIe siècle
Suzanne de Pesteils,
abbesse de 1599 à 1636, restaure le monastère. Elle ne tolérera plus l'oisiveté.
Dés 3h sonnent les mâtines. La journée se passe en prières, messe, travail
personnel et manuel jusqu'au retrait dans les cellules à 20 heures. La
mortification de l'esprit, le silence, la lutte contre l'amour profane, la
pratique constante de l'obéissance, remplaceront les mortifications corporelles
en usage ailleurs. Les agrandissements des bâtiments se poursuivront selon les
fortunes des abbesses et leur volonté. Marie de Saint Martial de Conros, devient
abbesse à 18 ans et le restera jusqu'à sa mort, en 1754, à 90 ans.
L'élite de la ville et
de la région peuple le monastère qui n'accueillera pas plus de 17 moniales et
quelques dames pensionnaires. Deux filles de service, un jardinier, un pâtre et
deux aides de cuisine travaillent pour les servir. Chaque semaine un mouton et
un boeuf sont achetés. Des terres de Boisset, Yolet, Tessières et autres lieux
appartiennent au monastère, ainsi que la ferme proche. Pour la Saint Benoit et
la Saint Jean-Baptiste, l'abbesse reçoit les consuls d'Aurillac et leur sert un
plantureux repas après une messe où les violons se font entendre. Chevreau,
veau, alouette caille, lièvre et canard sont accompagnés de liqueurs fines. La
veille, fouaces, cerises et bourriols sont offerts aux aurillacois qui défilent
autour du couvent au son des tambours et trompettes. Le lendemain, c'est le jour
des pauvres. Ils reçoivent du riz (denrée rare) et de la farine.
La dernière abbesse,
Madame de Narbone Peler, fait agrandir ses appartements situés au-dessus de la
chapelle. Elle les fait meubler luxueusement pour recevoir sa parenté.
Le
chanoine Joubert rappelle
« trop
de familles cherchaient à caser leur garçons et leurs filles dans la vie
conventuelle, même contre leur gré. Les vocations forcées étaient un problême
crucial ».
C'est
ainsi qu'il y avait quatre monastères pour femmes à Aurillac et deux pour les
hommes. A Clermont, le vicaire général demandant à une religieuse ce qu'elle
désirait s'entendit répondre « je demande
les clés du monastère pour en sortir ».
Les ordres religieux supprimés le 13 février 1790
Plus de cent religieuses, Bénédictines, Clarisses, Soeurs de
Notre Dame et Visitandines quittent les quatre couvents aurillacois puisque les
voeux monastiques sont supprimés par l'assemblée révolutionnaire.
Le couvent du Buis est décrit en quatre parties :

1 - Corps de logis avec chapelle, sacristie et appartement
de l'abbesse.
2 - Corps de logis formant équerre pour la communauté.
3 - Bûchers, volailles, hangars, granges et four à pain.
4 - Grand jardin et verger avec puits et sources.
Le 2 septembre 1792, le couvent est occupé par les soldats du
Royal Navarre.
Le 30 septembre 1792, des chars à boeufs conduisent tout ce que
contenait l'abbaye, à la chapelle des soeurs de Notre Dame, au bas de la rue de
la Coste.
En janvier 1793, on procède à la vente. Le citoyen Cantuel achète
même, pour 19 sols, la crosse de l'abbesse.
De 1792 à 1795 les prêtres n'ayant pas voulu prêter serment à la
constitution civile du clergé sont incarcérés au Buis. Ils sont 120 le 15
octobre 1794.
En 1796, Jean Jacques César Rivière, Jacques Bourdin et Bernard
Visseq, tous habitants d'Aurillac, achètent les bâtiments pour 15 130 livres.
Ils y installent une brasserie qui ne fera pas de bonnes affaires.
Les Visitandines rachètent le couvent du Buis qui
s'appellera la Visitation
Le 12 octobre 1820, six religieuses Visitandines rachètent les
bâtiments du couvent pour 25 000 F. L'état de délabrement est alarmant. Soixante
ouvriers travaillent à la restauration permettant l'accueil des onze
religieuses, venues de Saint-Flour le 30 septembre 1822.
Les dons affluant, les travaux se poursuivent. Il y a bientôt
vingt religieuses. Huit élèves forment l'embryon de l'école qui recevra des
filles. Elles paient une pension, tout comme les familles des jeunes
Visitandines.
En 1826 une terrible tornade ravage Aurillac. Le ruisseau qui
descend de la carrière de Caussac, envahit la chapelle. Une partie du jardin est
emportée. Des ouvriers reconstruisent les murs de clôture.
En 1829, quarante élèves sont pensionnaires. Des épidémies se
propagent dans le pensionnat, peut-être dues à la qualité de l'eau. Les corps
des soeurs décédées sont enterrés dans le verger.
En 1851, après un incendie, un bâtiment est ajouté, du côté du
Cours d'Angoulême, pour loger les élèves en pension.
Le 25 janvier 1856, pendant la messe, une grande partie des deux
vergers se met à glisser vers la Jordanne. En avril et mai le sinistre se
reproduit. De nouveaux murs de soutènement sont construits. Cinquante élèves et
trente trois religieuses occupent le couvent. Le pensionnat permet d'assurer un
recrutement régulier de moniales.
En 1906, la Visitation perd son oeuvre d'enseignement. La vie
contemplative reprend au Buis, malgré une baisse sensible des vocations.
En 1914, on loge des personnes évacuées de l'Est.
De 1939 à 1945, jusqu'à cent personnes seront accueillies dans
les locaux.
En 1972, l'évêque écrit « Faute de recrutement, depuis
quelques années, nous nous posions la question de l'avenir du monastère.
Nous avons été conduits à décider sa fermeture ». Les deux
tiers des religieuses ont donné leur accord. Le 1er octobre, on
descend la cloche. Les grilles en fer forgé du choeur et des parloirs sont
vendus à un amateur.
Le 25 octobre, les deux dernières moniales franchissent le seuil
du couvent.
En 1980 la Visitation devient un immeuble à vocation
sociale
La municipalité, dirigée par le docteur Mézard, pense très vite à
l'acquisition de l'ensemble délaissé. Ce sera chose faite par la délibération du
6 octobre 1975. « L'acquisition, à titre de réserve foncière, du couvent de la
Visitation et d'une partie, de l'enclos de 2 ha 87 a 75 ca, est décidée à
l'unanimité pour le prix de 407 600 F ».
L'idée de le transformer en centre de congrès est évoquée, puis
abandonnée en raison de l'absence de parking.
Le 29 mars 1980, Pierre Bousquet, premier adjoint au maire
d'Aurillac, rapporteur de la commission municipale, propose la vente à la
Société Immobilière de Construction du Cantal, de l'immeuble de la Visitation.
Le Conseil municipal, considérant l'intérêt du projet de restauration présenté
par la SICC, décide la vente pour le prix symbolique de 1 franc.
Les constructions familiales du Cantal et d'Auvergne construisent
42 logements, du studio au F 5, pour 10 millions de francs.
Depuis 1982, les cris et les jeux des enfants résonnent dans les
escaliers, cours et couloirs, voués au silence pendant sept siècles. Des
familles moins favorisées vivent dans ce lieu si longtemps réservé aux filles
des notables du département. La chapelle devient une salle de répétition pour
les troupes théâtrales de la ville. Des associations d'aide aux moins favorisés
installent leur siège à la Visitation.

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