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C’est en 1845 que fut décidée la construction du Palais de Justice
encadré par la prison et la gendarmerie.

Le
foirail, qui deviendra le Square, vu de l’emplacement du futur
Palais de Justice.
La construction d’un Palais de Justice, d’une
gendarmerie et d’une prison est décidée lors de la session du
Conseil Général de 1845. La commission chargée de l’étude conclut à
l’urgence de la construction de la caserne, mais, tout en estimant
que celle du palais de justice et de la prison pourrait attendre,
elle signale que la ville ne cèdera le terrain que si les trois
bâtiments sont réalisés. L’emplacement est choisi : ce sera la place
principale d’Aurillac, le haut du pré qui sert de foirail, situé au
bord de la route royale 120. L’architecte des bâtiments civils,
Garrez, établit le programme le 19 juin 1847.
Au centre sera le Palais de Justice qui comprendra un
tribunal de première instance avec salle d’audience, salle des pas
perdus, les bureaux des magistrats, avocats, avoués et autres
services ainsi qu’un logement pour le concierge. Seront construites
aussi deux salles d’audience : pour le tribunal de commerce et pour
la justice de Paix.
La maison d’arrêt devra comprendre 40 à 46 cellules
pour les détenus des deux sexes « disposées de manière à ce que
chaque détenu puisse entendre le service divin sans sortir de sa
cellule ». Etaient prévus le logement du concierge, la cuisine,
la pharmacie, les cellules de dépôt provisoire , le logement de
trois employés et de deux sœurs chargées de la lingerie et de la
pharmacie. Une chapelle devait être édifiée au centre du bâtiment
pour les services religieux.
La gendarmerie comprendra les logements de 12
gendarmes mariés, « avec une grande pièce à feu, une petite
cuisine, un grenier et une cave ». S’ajoutaient le logement du
capitaine, du lieutenant et du trésorier « dans un corps de logis
séparé de celui des gendarmes » et une chambrée pour accueillir
les hommes de passage, ainsi que les écuries nécessaires pour les 12
chevaux des gendarmes, ceux du capitaine, du trésorier et du
brigadier. « Les vastes greniers permettront d’accueillir
le fourrage nécessaire pour une année ».
La délibération du conseil général du 3 septembre
1847, prévoit une dépense de 549 886 F répartie en : 193 019 pour le
Palais, 172 736 F pour la caserne et 184 130 F pour la maison
d’arrêt, financée par l’Etat et le département. La ville apporte 20
000 F.
A partir de 1848 les plans sont
modifiés, les coûts revus à la hausse et les difficultés
multipliées.

La prison et la
gendarmerie sont construites en premier.
La future construction ranime la rivalité entre Saint
Flour et Aurillac. Le 21 septembre 1848, le préfet écrit même au
ministre de l’Intérieur «les membres du Conseil nommés par
l’arrondissement de Saint Flour ne manqueraient pas de soulever des
difficultés de nature à entraver la réalisation du projet qu’ils
croiraient fait exprès pour recevoir leur Cour d’Assises ». Les
plans modifiés à maintes reprises pour agrandissement puis réduction
ne sont toujours pas approuvés. Le 22 juin 1850 l’adjudication de la
caserne de gendarmerie et de la maison d’arrêt est prononcée. Pour
un montant de 403 413 F l’entreprise Chaumeil est chargée des
travaux. La surface prévue au sol est de 1950 m2 pour la prison,
1975 m2 pour le palais de Justice et 2125 m2 pour la gendarmerie. « La
quasi totalité est prise sur le champ de foire et 332 m2 sur les
enclos Larigaldie, Boudet et Roux, augmentés de la surface au
sol de la maison Roux qui sera démolie et de l’assiette du
chemin séparant les jardins Roux et Boudet ». Les zones où les
déblais seront déversés ne sont pas délimitées « la plus grosse
partie devrait être déversée dans la Jordanne où le courant est
suffisant pour entraîner le tout ».
L’année 1850, le maire d’Aurillac soutient la demande
des habitants d’Aurinques qui veulent que la prison et la
gendarmerie soient inversées. La caserne, par ce qu’elle a de
sécurisant devant s’édifier près de la rue des Fossés qui les
dessert. La prison, par ce qu ‘elle a de disgracieux et
d’attristant, devant se situer côté campagne. Il serait ainsi
remédié aux émanations pouvant compromettre la sécurité publique en
cas d’épidémies ainsi qu’aux plaintes et gémissements ». Le 13
juin, cette modification est avalisée.
Une affaire d’alignement fait grand bruit. Le 23
juin, par 10 voix contre 3, la délibération qui avait fixé à 8
mètres la distance entre les constructions et l’angle de la maison
Raulhac est annulée . 7 conseillers démissionnent. Le vieux conflit
entre les défenseurs des intérêts du centre ville et des autres
quartiers se ranime.
Les terrains situés à l’arrière glissent. Il faut
construire, et financer, un mur de soutènement.
Dès 1852 les entrepreneurs Lacombe et Chaumeil
s’opposent à l’architecte Carriat. Chaumeil se verra expulsé du
chantier par arrêté préfectoral pour insubordination. Il mettra à
son tour en cause « la grossièreté de l’architecte ».
En mai 1856 la gendarmerie est enfin terminée. Il
faudra attendre 1860 pour l’achèvement de la prison.

Le Square nouvellement
dessiné et le Palais de Justice.
En juin 1860 la construction du Palais de Justice est à l’ordre du
jour. Les travaux dureront 12 ans.
Le 4 janvier 1861,
Pierre Soulebaut, entrepreneur à Gannat signe la soumission pour la
réalisation du Palais. Son marché, résilié un an plus tard, c’est
Jean Petit-Andraud et Jean-Baptiste Guillot-Montel, de Clermont
Ferrand, qui sont choisis pour poursuivre les travaux. L’architecte
départemental Carriat est décédé, c’est Emile Ame qui lui succède.
Les frais et devis complémentaires vont se multiplier. Les angles
des toits de la maison d’arrêt et de la gendarmerie doivent être
démolis « de façon à intégrer harmonieusement l’entablement du
toit du Palais ». En 1866, un acqueduc-égout est nécessaire. Il
traversera le champ de foire sur 185 mètres pour rejoindre les
égouts municipaux. Pendant l’hiver qui suit, « les fortes gelées
de février occasionnent de grosses avaries aux pierres de taille ».
L’accroissement du budget est constant. Des pénuries de pierres de
taille conduisent à réaliser marches et fronton en pierres de
Volvic. Des malfaçons sont relevées. Le 28 juillet 1872 un orage
provoque de gros dégâts. Les avocats, puis les avoués, réclament le
transfert de leur vestiaire et de leur bibliothèque « dans
l’intérêt de la bonne administration de la justice ».
Le 23 août 1872 le
procureur de la République Rigal et le président Bonnefons peuvent
enfin fixer au 4 novembre la date de l’inauguration. La justice ne
sera plus rendue dans le Présidial de la rue Vermenouze mais dans le
nouvel édifice.
27 années et plus d’un million de francs auront été
nécessaires.
Josiane
Trin, qui a réalisé l’exposition, toujours
visible dans les couloirs du Palais, dont est tirée la plus grande
partie des informations de ce texte, conclut :
« la triple
construction née sous Louis Philippe, aura essuyé la révolution de
1848, l’échec de la 2e République, l’autoritarisme du
Second Empire, pour s’achever sous la 3e République ».
Les trois bâtiments en 2006.
Gendarmerie.
A près le départ des gendarmes, divers services
publics ont occupé les locaux libérés. La moitié du bâtiment est
vacant. Un aile abrite le tribunal d’instance et le bureau des
magistrats de passage. La moitié de l’autre reçoit le tribunal des
prud’hommes et la prévention judiciaire.
Palais de justice.
L’accès est ouvert
au public qui trouve là les certificats de nationalité, les
informations sur la famille, de l’adoption au divorce, sur la
protection des majeurs et mineurs, sur les litiges entre
propriétaires et bailleurs et bien d’autres sujets. La plupart des
audiences sont publiques permettant aux citoyens de s’intéresser au
fonctionnement des tribunaux.
Maison d’arrêt.
60 détenus occupent en ce
moment les 33 cellules pouvant accueillir 73 personnes. La durée
moyenne des peines est de un an. 27 fonctionnaire sont affectés à
l’établissement. Le coût journalier s’élève à 60€ par détenu. Un
bracelet de surveillance électronique revient, lui, à 30 €. Après
une visite des lieux guidée par le chef d’établissement Florent
Gonçalves, on serait tenté de penser « la prison ce n’est pas si
terrible que ça » . Une grande salle de travail
reçoit les détenus autorisés à imprimer des étiquettes et fabriquer
des bouchons en plastique pour deux entreprises locales. A raison de
5 h par jour , 5 jours par semaine, ils peuvent percevoir 200 € par
mois en étant payés 3€ par heure. Une formation professionnelle est
proposée conduisant à un diplôme d’hygiène et nettoyage industriel.
La télévision est reçue dans les cellules moyennant 15 € par mois.
La bibliothèque, liée à la médiathèque, fournit les livres désirés.
Un instituteur est attaché à l’établissement, tout comme un médecin,
des infirmières et des conseillers d’insertion. Un moniteur de sport
dirige des séances collectives dans la salle de musculation bien
équipée. Deux détenus s’affairent à la préparation des repas dans
une cuisine aux normes. Deux promenades quotidiennes d’une heure
amènent les hommes, puisqu’il n’y a que des hommes à Aurlillac, dans
la petite cour close au ciel grillagé.
Il ne manque donc
rien. Rien sinon l’indispensable : la liberté. De lourdes grilles
barrent tous les couloirs et tous les accès aux divers locaux. Elles
ne peuvent être ouvertes que par deux surveillants, manoeuvrant
chacun de son côté les doubles serrures avec de grosses clés. Même
si la maison d’arrêt reste « atypique », comme le répètent
surveillants et chef d’établissement, comparée aux futures
constructions de 600 places, on est quand même soulagé de récupérer
sa carte d’identité et de se retrouver tout en haut de l’escalier,
face au Square.
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