Les Archives départementales :

notre mémoire commune.

Jean-Claude Champeil

C’est aux Archives Départementales que sont conservés les registres d’état civil et les actes notariés, les documents du clergé et ceux des écoles, des communes et de la justice, des établissements pénitentiaires et des travaux publics… Mais aussi les journaux, les photos, les vidéos… Toute la mémoire de la vie publique et même privée du Cantal se trouve là.

 

Antoine de Plaignes St Martin Valmeroux XVIe siècle

Le désordre de l’Ancien Régime

 

Avant la Révolution, il était habituel de confier aux agents le soin de conserver chez eux les dossiers de l’institution qu’ils servaient. Les papiers restaient dans les greniers. Ils étaient rarement transmis aux successeurs des administrateurs royaux. Seuls les notaires, depuis la fin du XVIe siècle, devaient transmettre leurs minutes à leurs successeurs. Ils ne le firent pas tous.

La Constituante ordonne de déposer aux chefs-lieux des districts tous les papiers provenant des administrations. Le 27 décembre 1792, le conseil du département enjoint à celui de la commune de Siran d’avoir un « local sûr et commode pour les archives ». Les transferts se font dans le plus grand désordre. Le 2 mars 1792, le Directoire de Saint Flour note « il est impossible de déchiffrer la majeure partie des titres tant ils sont vieux ». Le 8 novembre 1794, le conseil du département estime qu’il conviendrait de nommer six préposés au triage des papiers devenus propriétés nationale. Le 2 avril 1810, l’annaliste Lakairie note « les papiers sont à la discrétion de tous ceux qui ont voulu y fouiller. On en trouve dans toutes les boutiques des épiciers… »

 

Naissance et errance des Archives Départementales

 

En septembre 1811, le préfet, baron de Lachadenède s’installe dans la nouvelle préfecture. L’archiviste Henry s’occupe alors de la conservation des documents. En 1829, monsieur d’Ouvrier, archiviste, est également préposé à la délivrance de tambours et de casques pour la Garde nationale. Partout en Europe, sous l’influence des passions nationalistes, se développe un mouvement en faveur des études historiques. Le préfet peut écrire en 1836 « il existe maintenant de l’ordre dans les papiers ». La loi du 10 mai 1838, met à la charge des conseils généraux la conservation des archives. Le 12 octobre 1840, Joseph Marie Audin devient le premier conservateur des archives, toujours situées dans les combles de l’hôtel de la préfecture. Le local, mal éclairé, est impossible à chauffer. Viennent ensuite monsieur Dacier, puis Jules Doinel qui deviendra évêque de l’Eglise gnostique qu’il a fondée. Emile Maupas, qui sera « le prince des protozoologistes » après 45 ans d’étude des protozoaires. En 1876, après le bref passage de plusieurs  jeunes élèves de l’école des chartes, Charles Aubépin obtient le transfert des archives dans les combles du palais de justice, et, peu après, l’aide d’un auxiliaire. Arrivé en 1868, Roger Grand parvient à faire transférer les archives dans un local des PTT, à l’angle de la préfecture. Il crée aussi la société « La Haute Auvergne » qui publie toujours de nombreux articles. Il deviendra sénateur et membre de l’Institut. En févier 1909, Ernest Delmas, Cantalien, occupe le poste d’archiviste qu’il gardera quarante ans. Peu après son arrivée en 1949, mademoiselle Léonce Bouyssou, va pouvoir utiliser le nouveau dépôt, ouvert au public en 1957, au bas de la rue du 139e RI. Elle organise l’accueil d’un public de plus en plus nombreux. Mademoiselle Marion, nommée en 1982, sensibilise l’autorité départementale, à la nécessité d’aménagements pour faire face aux besoins de stockage et à la demande du public. Le stockage va doubler, passant de 9,5 à 19 km linéaires, grâce à une nouvelle construction élevée de 1987 à 1989.

 

 

 Les Archives rue du 139e RI

 

Quels documents ? Pour quel public ?

 En 2006, Edouard Bouye est à la tête d’une équipe de 16 personnes qui réceptionnent et trient les archives publiques et notariales, communales et individuelles. Une quête incessante de la mémoire du Cantal est menée. C’est une lessiveuse emplie de registres paroissiaux qui vient d’être retrouvée à Laurie. Des documents personnels de Teilhard de Chardin viennent d’être donnés par sa famille à Laveissière de Moissac. Des documents de l’abbaye Saint Géraud et des registres de justice, signalés aux puces de Toulouse, viennent d’y être achetés à un marchand. « Tout nous intéresse » affirme le conservateur « les documents publics bien sûr, mais aussi familiaux. Les photos, les films, les livrets militaires et de famille, les lettres des poilus comme celles des combattants en Algérie, les cassettes audio comme les actes notariés privés peuvent être copiés puis rendus à leurs propriétaires ». Des photographies de la plupart des châteaux cantaliens, réalisées par un instituteur mort depuis peu, viennent d’enrichir le stock. Les archives sont notre mémoire commune. De plus en plus de personnes viennent y chercher des informations. Les visiteurs sont, pour un tiers, en quête de leurs ancêtres afin de construire leur arbre généalogique. Les élèves des écoles primaires, collèges et lycées sont guidés par un spécialiste qui prépare les documents demandés. Dans la toute nouvelle salle climatisée, les conseillers accueillent les débutants comme les historiens. Ils favorisent la recherche des journaux et des registres d’état civil. Ils aident à l’utilisation des ordinateurs pour la lecture des plans cadastraux. Ils donnent les indications nécessaires à la découverte des documents et des photos.

 

Avenir. Internet.

www.cg15.fr/archives. Les registres paroissiaux comme les fonds des notaires et même les plans cadastraux napoléoniens seront bientôt accessibles par internet. La numérisation de tout l’état civil va commencer. Chacun pourra bientôt accéder au fonds départemental depuis son domicile.

 

 
   

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