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Histoire d'Auberge
Contemporaine du tunnel, l'auberge qui portait son nom vient de voir son histoire s'achever sous l'assaut des pelleteuses. Un riche passé qui s'efface définitivement. C'était écrit, prévu; mais c'est aujourd'hui une réalité tangible. L'auberge du tunnel du Lioran a été détruite. Avec cette bâtisse, familière à tous les habitués du trajet Saint-Flour/Aurillac, ce n'est pas seulement un élément du patrimoine qui se perd, c'est un peu de la vie et des souvenirs des habitants du secteur. Car sa longue histoire fut riche d'anecdotes. « Qui veult d'aultrui causer et médire, ne vienne ici ni disner ni rire», telle était la devise de l'établissement, ouvert en 1859. Un lieu haut en couleur de la vie locale Sans parier qu'elle fut toujours scrupuleusement respectée, elle marque en tout cas la nature d'un endroit qui a laissé dans l'esprit de tous une idée de fête et de convivialité. Accueillant au départ montagnards et cheminots, elle est rapidement devenue une étape obligée pour tous ceux qui se rendaient dans la capitale cantalienne depuis ce côté-ci des Monts. Les anciens du Lioran se souviennent avec émotion et amusement de cette époque à jamais révolue. Ainsi, André Tourette, installé depuis trente-trois ans ici, se remémore ses propres souvenirs, et les histoires qu'on lui a rapportées. « Lorsque le tunnel a supplanté l'ancienne route • impériale, l'auberge s'est rapidement implantée. Depuis, elle n'avait jamais cessé de faire partie de la vie du Lioran. Il y avait de vraies fêtes là-bas! Dans l'après-guerre, elle était tenue par une femme qui était une figure ici. On allait " Chez la colonelle "! Certains qui descendaient vendre du bois à Aurillac, en rentrant, même •s'ils étaient À trois kilomètres de chez eux, stoppaient à l'auberge pour faire la fête et danser avec les filles... C'était folklorique!». Plus près de nous, même les jeunes gens se souviennent des troupeaux de vaches passant devant l'établissement, au sortir du tunnel, en route vers leurs estives. Images d'antan, certes, où la vie était sans doute plus rude qu'aujourd'hui, mais aussi plus chaleureuse. Les habitants oscillent entre nostalgie et résignation. « C'est sûr que cela va faire un vide», reprend André Tourette. « Ça fait mal au cœur. Cette auberge, c'est un peu de la vie de tous les anciens d'ici. Mais ce nouveau tunnel, il fallait bien qu'on le fasse! C'est le progrès. Et puis, il y a bien longtemps que les gens, ici, ne font plus que passer. Demain, ils passeront plus vite, c'est tout». Reste que chacun regrette que le tracé du nouveau tunnel n'ait pu préserver ce bâtiment, comme témoin des instants qui ont bercé la jeunesse des adultes d'aujourd'hui, et joyeusement animé les jeunes années des plus anciens. • D'après PHILIPPE FAUCHER La Montagne 10 avril 2004
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