Drop Zone "Chenier"

Un Maquis du Cantal

Drop Zone "Chenier" l'Histoire

 

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TERRAIN «CHENIER» -

MAQUIS DE LA LUZETTE

 

L'effondrement de la République et l'occupation du pays par l'ennemi provoquent chez des français et des françaises la volonté de continuer la lutte.

Mais ces hommes et ces femmes n'ont aucun moyen, ni équipement, ni arme, ni organisation. Or, les soldats nazis, surveillent les routes , contrôlent les hommes et traquent sans cesse les opposants. Il est donc difficile pour eux de se réunir, de s'organiser et pire, de s'équiper.

Toutefois, il existe une solution : que les anglais, toujours en guerre contre l'Allemagne, envoient clandestinement aux opposants du matériel et des spécialistes pour les entraîner et les aider à mettre en place une vaste stratégie de combat.

Dès 1942, ces liaisons aériennes clandestines entre la France et l'Angleterre vont être très importantes. C'est grâce à elles, aux parachutages d'hommes et de matériels, que les maquisards, ces "hors-la-loi" courageux vont pouvoir lutter avec efficacité et se sentir unis à la France Libre.

Le futur terrain « Chénier » à la Luzette, est un dôme couvert de bruyères, un des points culminants du Lot à 778 mètres, à une quarantaine de kilomètres d'Aurillac. C'est une région escarpée où collines et vallons se succèdent. Les hauteurs sont presque toutes couvertes de bois. Mais, le Pech de la Poule nom local de « Chénier », est nu, hormis quelques bouquets de conifères rabougris.

En face, à huit cents mètres à peine à vol d'oiseau, et sur une autre butte, s'agrippe un village, la Bastide du Haut Mont.

D'août 1943 à août 1944, « Chénier » est l'un des terrains de parachutage les plus utilisés par les alliés. Grâce à son parfait fonctionnement, il est célèbre de Londres à Blida en passant par Toulouse.

Dès la Libération, pourtant, il entre dans l'oubli.

Comment dés lors a-t-il pu devenir et demeurer un an durant un exceptionnel terrain, grâce à quelles caractéristiques, et comment son souvenir a-t-il pu s'estomper dans l'histoire et les mémoires ?

Et plus généralement, quel a été le rôle des parachutages ? Sans parachutage d'agents et sans réception des containers, la lutte contre l'occupant aurait-elle pu avoir lieu et réussir ?

Insigne réalisé par "Castor", utilisé sur le terrain Chénier

 

CE QUI SE PASSAIT AILLEURS

 

Le 30 janvier 1933 Adolph Hitler est nommé chancelier du Reich allemand. Le ter septembre 1939, les allemands envahissent la Pologne, le 2 septembre la mobilisation générale est décrétée en France. Le 3 septembre l'Angleterre puis la France, l'Australie et la Nouvelle Zélande déclarent la guerre à l'Allemagne.

La deuxième guerre mondiale commence.

Mais l'année 1940 est un tournant pour la France. C'est d'abord en mai la défaite militaire. Les allemands entrent en France. Les habitants des départements français du nord fuient vers le sud. C'est l'exode.

En juin 1940, les soldats nazis défilent dans Paris.

Le 16 juin, le Maréchal Pétain forme un nouveau gouvernement et entreprend un bouleversement complet des institutions : c'est » la révolution nationale ».

Ce nouveau régime dictatorial est accepté par les nazis.

Puis, Pétain demande à l'Etat allemand la signature d'un cessez-le-feu.

Le 22 juin, l'armistice franco-allemand est signé à Rethondes, dans l'Oise. Hitler impose le désarmement de l'armée française, l'entretien des troupes allemandes basées sur son territoire, et surtout une séparation de l'hexagone en deux zones, occupée et non occupée.

En 1942, le gouvernement français, qui collabore avec l'Etat nazi, met en place le service du travail obligatoire (STO) pour satisfaire les exigences allemandes en main d'oeuvre. Le STO est le prolongement de la relève », qui consistait à envoyer en Allemagne des travailleurs français volontaires et spécialisés en échange du retour de prisonniers de guerre. Mais désormais, avec ce STO, le recrutement ne se fait plus selon un critère professionnel mais concerne, en février 1943, tous les hommes nés en 1920, 1921et 1922.

Or, beaucoup d'entre eux refusent de travailler pour l'ennemi et pour échapper à la police qui les recherche, vont vivre clandestinement, souvent en se cachant dans les maquis. Ces hommes qui se soustraient illégalement au STO sont appelés des « réfractaires ».

 

 

BREVE HISTOIRE DU CIEL

 

Juin 1910 marque le début de l'aviation militaire en France avec le premier raid effectué par des officiers du camp de Chalons sur Marne. En novembre 1911 a lieu le premier bombardement aérien.

Le ler mars 1912, un américain réalise le premier saut en parachute

Le 13 avril 1912 est crée en Grande Bretagne le Royal Flying, corps qui organise l'aéronautique militaire

Le 27 août 1913. un russe effectue le premier looping.

Le 18 août 1917, en Virginie, la première liaison radio est réalisée entre un avion et une station au sol.Bernard COURNIL

Dans les années 30, Bernard Cournil, garagiste dans la commune du Rouget, passionné de mécanique, construit lui-même son avion et parvient à le faire décoller lors d'un meeting aérien à Roumégoux. Bemard et son épouse Eugénie, tous les deux nés en 1908, résident au Rouget, avec leur fille. En plus de son travail de mécanicien, il s'occupe de la poste rurale, c'est à dire qu'il récupère les sacs postaux à la gare du Rouget puis les distribue ensuite en voiture aux bureaux de poste.

 

CE QUI SE PASSAIT ICI

 

A la fin de 1942, Bernard et son ami Marcel louent une grange à la Fombelle, dans la commune de Saint-Saury. Là, ils dissimulent du matériel, puis des hommes en situation illégale, notamment des réfractaires.

A deux kilomètres de là, dans le département du Lot, d'autres réfractaires se sont installés dans la vallée, à Méneviolle et à la Verrerie où ils vivent misérablement.

En juin 1943, le maquis de la Fombelle est attaqué par la police française, les hommes parviennent à se disperser, sains et saufs.

En juillet 1943, avec son frère Joseph et son ami Denis. Bernard occupe une grange au Rieu de Serières, commune de Boisset. En août, ce maquis d'une dizaine d'hommes est, à son tour, découvert, attaqué, et se reforme à Puech-Nadal.

En février 1944, ce maquis, trop éloigné du terrain de parachutage, se déplace à la Ressegue, puis à Sargalhiol et à la Fombelle en avril 1944.

C'est parce qu'il est dangereux de rassembler beaucoup d'hommes en un seul endroit que les cantonnements se dispersent, se cloisonnent, dans un espace géographique restreint, entre Lot et Cantal.

La vie dans ces premiers maquis isolés est très difficile : les hommes ne doivent pas se montrer, ne peuvent pas rester en contact avec leur famille. Ils manquent de ravitaillement, de confort, ils ont souvent faim et froid et doivent compter sur les fermiers voisins pour les approvisionner. Ainsi, Denis est collecteur d'oeufs, il parcourt la campagne et rapporte des vivres.

 

DES BUREAUX DE LONDRES AUX BRUYERES DE CHENIER

 

Le 17 juin 1940, en désaccord avec la signature de l'Armistice, le Général de Gaulle et quelques amis arrivent à Londres.

Le lendemain il s'adresse aux Français sur les ondes de la radio BBC et les incite à refuser la défaite, à continuer la lutte aux côtés des britanniques.

Des hommes et des femmes mus par les mêmes idéaux que le Général ont entendu cet appel du 18 juin et vont le rejoindre en Grande-Bretagne.

Bientôt ce premier groupe de français résistants, les Français libres, va organiser le service de renseignements, SR nommé, en, 1942 le BCRA.

Depuis 1939, une rupture profonde s'est constituée entre la France vaincue et l'Angleterre qui craint j d'être à son tour, envahie par les troupes nazies.

Chacun des deux pays ignore ce qui se passe dans l'autre. Et, lorsque les britanniques interrogent les. français libres sur la situation intérieure française, les amis de de Gaulle ne peuvent leur fournir aucune information précise.

Aussi, dès la fin de 1940, des officiers français volontaires sont parachutés sur le sol français afin de réunir des renseignements sur la vie, l'administration et l'occupation du pays par les nazis. Ces opérations sont nommées « blind », à l'aveugle, parce que les parachutés sont largués dans un endroit supposé inhabité, sans équipe de réception et qu'ils doivent, aussitôt arrivés, enterrer leur parachute avec une petite pelle pliante. Leur mission accomplie, ils doivent ensuite rentrer seul et sans aide en Grande Bretagne. Mais, comme ils n'emportent pas d'émetteur radio avec eux, ils ne peuvent livrer les informations qu'à leur retour, bien trop tard pour qu'elles puissent être utilisées.

Le SR, comme le SOE, décide alors d'associer agents et moyens de transmissions, de parachuter des équipes entraînées et composées d'un officier, d'un opérateur et de son radio.

Puis, les gouvernements allies et les Français Libres comprennent qu'il ne suffit pas de récupérer des informations, qu'il faut aussi apporter du matériel et de l'encadrement aux mouvements intérieurs de résistance des pays occupés.

Alors, les français de Londres, les anglais, puis les américains mettent sur pied des équipes d'intervention composées de volontaires très entraînés et les parachutent.

Le BCRA attribue à tous les parachutés des pseudonymes choisis dans des séries précises. Chaque série est en principe réservée à une même catégorie d'agent. Ainsi aux instructeurs de sabotage et d'armement sont donnés des noms d'outils agricoles et des noms de régions ou de pays aux opérateurs radio.

Les Délégués Militaires avaient eux un nom de figures géométriques comme Polygone, Hypoténuse ou Carré et les Officiers Régionaux d'Opérations du SAP portaient un titre : Pape, Pacha, Archiduc, Sultan.

 

Dès 1940, Bernard, lui aussi comprend qu'un bon résistant ne peut agir seul et sans stratégie. Alors, il recherche un mouvement structuré d'opposition à l'occupation nazie.

En 1942, il rencontre Jean Lépine et l'un des responsables du mouvement de résistance « Franc Tireur », Albert Avinin.

Celui ci conseille à l'Officier Régional d'Opération "Pape" de rencontrer Bernard.

Et en août 1943, le délégué de "Pape" dans le Lot, "Jeannot", se rend au maquis la Fombelle.

 

 

SÉLECTION                 

 

Les délégués départementaux du SAP, comme "Jeannot" sont aussi des prospecteurs. Ils recherchent des sites pouvantJeannot devenir des terrains de parachutages aux normes du SAP. Ils ont aussi pour mission de trouver à proximité des terrains, des caches d'armes et des « asiles » pour loger les agents parachutés, et d'organiser les équipes de réception.

Ces délégués ou chefs départementaux assument ensuite la responsabilité pratique des opérations de parachutage.

Les terrains doivent avoir une surface minimum de 600 m2 et des alentours dégagés pour que la recherche des containers largués soit plus facile. Ils doivent étre desservis par une route, ou un chemin, permettant l'évacuation du matériel et son stockage dans des caches éloignées des forces allemandes, de la police et mieux, de toute habitation.

Les terrains repérés sont classés dans l'une des quatre catégories suivantes,

- Les terrains « Arma » ne peuvent recevoir que du matériel.

- Les terrains « Homo » reçoivent exclusivement des agents parachutés. Leur surface est dépourvue d'obstacle ou de relief susceptible de blesser les parachutistes.

- Les terrains « Arma-dépôt » sont équipés d'un appareil de radio-guidage Euréka, et d'un S-Phone. Leur équipe de réception est en veille permanente. Car en plus des opérations programmées pour eux, ces terrains peuvent recevoir chaque nuit et à l'improviste, la charge de bombardiers n'ayant pas trouvé leur objectif et voulant larguer leur cargaison avant de regagner leur base.

- Les terrains « Homo–dépôt » possèdent les mêmes atouts que les « Arma-dépôt Ils sont aussi terrains de récupération et peuvent recevoir pendant toute la durée de la lune des parachutages sans messages et des pilotes n’ayant pas trouvé leurs terrain. Mais, ces terrains doivent en plus être aptes à accueillir des parachutistes inattendus.

 

Le terrain de Bernard, prospecté par « Jeannot », dispose justement des caractéristiques imposées pour appartenir à cette quatrième catégorie, la plus rare.

Puis, lorsque le délégué-prospecteur a repéré et classé le terrain, son chef, l'officier régional d'opérations, « Pape « pour « Chénier », vient en vérifier ses qualités.

Une équipe de réception est formée avec les meilleurs éléments locaux de la Résistance. Les critères de confort et de sécurité des "asiles", ces hébergements clandestins, fermes ou auberges, pour passagers parachutés, sont également contrôlés.

Et après ce repérage

par les responsables au sol, les terrains sont homo logués par les Britanniques qui leur attribuent un code et une phrase BBC.

Alors que la plupart des terrains homologués reçoivent des noms d'objets, de fruits ou de légumes « Noisette » « Laitue », d'animaux « Lion » ou de Dieux « Jupiter », il est donné au terrain de Bernard, le nom de « Chénier » poète du 19ème siècle, favorable au courant révolutionnaire. Peut-être le terrain est-il nommé ainsi parce que le poète a été jeté, avant d'être guillotiné, dans les geôles de Saint Lazare et que Bernard, lui, portait le deuxième prénom de « Lazare ».

C'est peut être aussi et pas davantage, un hommage anglais à l'auteur de poésies célébrant la France.

Et en plus de ce pseudonyme, le terrain reçoit le code morse « C7 ».

 

MESSAGES                                      Carte associative des anciens du terrain

 

« Un parachutage, cela commence par les messages personnels, ces mystérieux messages que des millions d'auditeurs écoutaient chaque soir sans en comprendre le sens, les messages étaient bien plus importants que les informations, car ils apportent l'espoir d'une bonne nuit de travail... ou la déception ». ('Pierral)

Chaque Officier Régional d'Opération, du SAP est en relation par radio avec Londres dont il reçoit, entre autres, les messages indicatifs des parachutages.

Dès leur réception, un agent de liaison les apporte aux chefs des terrains, comme Bernard, qui les transmettent à leur équipe.

Ces messages, sont normalement changés tous les mois, en réalité, ils subsistent plus longtemps.

Puis, si le message, la phrase-clé d'un terrain, est diffusé par la radio de Londres, la BBC, à 13 heures, 19 heures ou 20 heures, cela signifie pour son équipe de réception qui écoute attentivement la TSF, qu'un parachutage va avoir lieu la nuit même.

Le « Chénier » va avoir trois principales séries de phrases clé.

Chacune d'entre elles semble être associée à l'un des trois officiers régionaux d'opérations du COPA puis du SAP de la région R4 qui se sont succédés.

Avec « Pape », d'avril 1943 à janvier 1944, les messages sont : « de Pierre à Marguerite « « Les Enfants de Denise sont sages •.

Avec « Sultan •, de janvier 1944 à avril 1944, « de Brigitte à Michel Ange « Le tapis ne doit pas bouger » « Invitez la jeunesse »

Et avec « Pacha » d'avril 1944 à la libération, la phrase attachée à « Chénier » est « de la Chouette au Merle blanc •-« C'est une cité ardente »

 

«ILS PARLENT AUX AVIONS ! »

 

« Chénier » maquis de la Luzette, est donc repéré, contrôlé puis homologué au terme d'un processus exigeant.

Le terrain que • Jeannot » et « Pape » ont mis sous la direction de Bernard, chef du maquis voisin, est homologué, répertorié par Londres dans la plus rare des catégories, l'homo - dépôt ».

Mais pour satisfaire aux exigences de cette catégorie, il a fallu non seulement que • Chénier • présente des avantages physiques, mais que, de plus, il bénéficie d'innovations techniques.

• Jeannot • raconte « Dès juillet 1943, je consacrai une bonne partie de mon temps à l'équipement et à la protection de ce terrain aidé dans cette tâche par le dévoué responsable local, ...j'ai installé les postes radio dans une sape dont l'entrée est absolument invisible le jour ; dans cette sape, pouvant contenir 5 hommes nous avons installé (du 5 au 10 janvier) le courant électrique amené par un câble souterrain de deux kilomètres, dont il ne nous a pas fallu moins de deux mois et demi pour réunir les morceaux après prospection dans tout le département ... nous sommes reliés clandestinement à un poteau électrique au bord d'un chemin creux. Durant les heures d'attente nous tuons le temps en jouant aux cartes. Les belotes et manilles vont bon train de 23 heures à 4 heures du matin. Nous avons poussé le luxe jusqu'à installer les banquettes d'une vieille voiture ainsi que des résistances électriques qui nous réchauffent l'hiver. Une solide trappe camouflée ferme notre abri, seule une antenne en H de deux mètres émerge la nuit du sol »

Le S-Phone nécessaire à toutes opérations de parachutage est opérationnel en 1943.

Son usage est divers, il permet une liaison directe et une communication téléphonique entre l'appareil et un responsable au sol. Il peut aussi diriger l'avion vers le point précis de largage.

C'est en fait un radio-téléphone de 7 kg qui se porte sur l'épaule et fonctionne sur batteries. Sa puissance d'antenne est minime pour ne pas atteindre les oreilles ennemies. Le S-phone possède un micro et des écouteurs enveloppants pour garder secrètes les communications. De ce fait, l'opérateur ne peut pas entendre les moteurs de l'avion qu'il doit guider. Alors, et c'est impératif, il doit être aidé par un camarade.

L'Eurêka – Rébecca, beaucoup plus rare, est une radio-balise capable de tirer en homing (vers la station), de guider tous les avions égarés ou non qui s'y accrochent. L'Eurêka est installé sur le terrain de parachutage et ne se met en marche qu'impulsé par un signal du Rebecca placé à bord de l'avion.

Ainsi, l'avion équipé du Rebecca est conduit, de manière précise, jusqu'à la zone de largage. La précision est d'environ cent mètres. Une fois proche du terrain, l'avion peut communiquer en phonie ou en morse avec le sol.

D'abord stocké dans une caisse lourde et encombrante, l'Euréka, miniaturisé, a pu être rangé dans un sac à dos. Une batterie de 12 volts l'alimente. Son antenne est d'environ 4 mètres et sa portée de 24 kilomètres avec un avion volant à 1500 mètres d'altitude. En cas de capture par l'ennemi, un système de mise à feu automatique permet la destruction de l'engin par charges explosives.

« Chénier » est équipé techniquement avec exigence. L'équipe de réception doit être à l'avenant.

 .

CEUX DE CHÉNIER

 

L'équipe de réception, selon les documents de Bernard, le patron, compte 18 hommes, arrivés en 1943 ou au début de 1944.

Comme « Chénier » doit pouvoir recevoir pendant toute la durée de la lune des avions perdus ou en difficultés techniques, l'équipe est obligée, pendant cette période, de rester en alerte.

Après un largage, il faut planquer les containers, les répertorier pièces par pièces puis les distribuer aux autres maquis.

Et les précautions sont multiples pour que de leur embarquement à leur distribution à la personne ou au mouvement indiqué, ces chargements respectent un itinéraire choisi et rigoureux.

Autour de cette équipe gravitent de jeunes maquisards, comme "Théo" souvent des réfractaires au STO, dont les activités, en plus de la surveillance du terrain, sont l'intendance et l'entraînement au maniement des armes et au sabotage.

MaximeIl y a également ceux qui ont une spécialisation, comme « Maxime » qui avant guerre, avait construit son propre avion « Bernard recherchait un mécanicien compétent pour devenir responsable de l'atelier transport des camions et des automobiles nécessaires au bon fonctionnement du terrain. Les véhicules dans les maquis ou les fermes devaient être mis en état de marche et parfaitement entretenus c'est à dire disponibles à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, pour aller là où les chefs le décidaient en fonction des parachutages et des ordres. Au tout début nous avons ramené à l'état de marche six véhicules en un temps record, camions. 202 et 402 Peugeot, Traction Citroën ».

Il faut dire que, depuis 1940 ou 1941, certains véhicules ou camions étaient à l'arrêt, les pièces essentielles du moteur ayant été enterrées puis cachées.

Or, en 1944, il faut réquisitionner le plus grand nombre possible de véhicules et les faire circuler sur les routes, même sans raison précise pour donner à l'occupant l'impression du nombre et de la force

«De la Fombelle où nous sommes restés tout d'abord, Bernard m'a amené ensuite au PC d'Anselme » au Puech de Parlan.. Les véhicules devenant plus nombreux nous avons déménagé à Moulés de Roumégoux, puis à l'usine du Rouget. »

Viandox, avant guerre, s'intéressait aussi à la mécanique, et aux avions, mais comme il est charcutier de métier, il s'occupe du ravitaillement.

Et, en cas de problème médical, une trousse de secours était disponible.

Temporairement, il passe aussi au maquis des étudiants en médecine, capables de réaliser des soins.

Pour les cas plus graves, les maquisards se rendent secrètement chez un médecin ami des environs, dont le frère lui est milicien.

Tous les hommes du « Chénier », comme ceux des maquis voisins ont reçu l'interdiction stricte de communiquer avec leur famille, de faire des photos. Ils ont aussi eu la consigne de tenir 48 heures sans parler, en cas de capture par l'ennemi.

Et si au terrain on trouve S-Phone et Eureka pour s'entretenir avec le ciel, en revanche, il n'y a aucun téléphone C'est pourquoi, cachés, muni d'un faux nom et avec peu ou pas de contact avec leurs proches, les hommes sont très isolés.

A la Fombelle, il y a aussi un mulet réquisitionné aux chantiers de jeunesse. Il aide au transport du ravitaillement. C'est un peu la mascotte de l'équipe. Les attelages de la ferme de Méneviolle permettent, eux, le transport des containers parachutés car les routes sont cahoteuses, et les camions, partout, ne peuvent passer.

Ainsi, ces opérations fruits d'une parfaite organisation aérienne et rendues possibles par l'innovation technologique dépendent au final d'une paire de boeufs et d'un mulet.

A « Chénier », comme dans les maquis alentours, on ne trouve pas d'épouse, de mère ou de

soeur.

En revanche, ce sont elles qui dans leurs boutiques permettent l'échange de marchandises ou d'informations, qui dans leurs hôtels, comme à l'auberge de Parlan hébergent de pseudo touristes parachutés.

Les femmes du maquis, c'est aussi Eugénie, l'épouse discrète et dévouée de Bernard, qui dans leur maison au Rouget, accueille, entre autres, Jeannot et Pacha.

Ce sont encore les femmes des fermes voisines qui avec leur mari assistent aux parachutages et non seulement ne dénoncent pas mais mieux encore aident autant que possible les résistants. Même leurs enfants participent, ce sont eux, Jean et Paul de Méneviolle qui portent, à l'aube, le lait aux hommes de « Chénier ».

Enfin, dans chaque arrondissement, un résistant est nommé pour dresser à chaque parachutage et en plusieurs exemplaires l'inventaire des chargements largués, puis pour en retourner un signé à Londres.

 

UNE PLAQUE TOURNANTE EN «R»

 

Le territoire national est divisé en 12 régions par les Français libres et les mouvements de Résistance : 6 pour la zone sud non occupée RI (Lyon), R2 (Marseille), R3 (Montpellier), R4 (Toulouse ), R5 (Limoges), R6 (Clermont-Ferrand) et 6 pour la zone nord.

«Chénier » est d'abord situé, sélectionné, homologué dans le Lot.

Puis après un léger déplacement, il se trouve à cheval sur le Lot et le Cantal, c'est-à-dire entre région militaire R4 (Toulouse) et la R6 (Clermont-Ferrand) à proximité, de la R5 (Limoges).

Mais par accord entre les officiers régionaux d'opérations de R4 et R6, « Chénier » dépend strictement de R4.

Alors, bien que « C7 » soit tenu quotidiennement par les hommes de Bernard, presque tous des cantaliens de la R6, ceux-ci réceptionnent et stockent essentiellement pour le sud ouest. En outre, et comme toutes les équipes de réception, ceux de » Chénier » ne peuvent pas distribuer les stocks à leur guise. Ce sont les chefs de la région 4, qui répartissent les largages, du bassin aquitain, jusqu'au Languedoc.

 

LA PEUR                                                           Carte du Site, ( Cliquez pour l'agrandir )

 

"....Ainsi au fil des jours se succédaient nos espoirs et nos déceptions nos joies et nos lassitudes ...L'invasion du Lot par les allemands en mai, qui sont allés jusqu'à Sousceyrac, à cinq kilomètres des bois de la Fombelle.. Ne jamais partir sans le revolver dans la poche, les repas avec une arme à la main, gardes dans la neige qui rendaient plus oppressant encore le silence de la nuit, vous comprenez que nous l'ayons attendu plus ardemment que vous le jour J." (Pierral)

La tension, la crainte violente d'être dénoncé, celle d'être sans cesse épié par l'ennemi puis subitement attaqué, celle d'être bombardé, la peur impuissante aussi pour les familles et les amis que l'on ne peut plus rencontrer et dont on ignore comment ils vivent.

Ces peurs, là appartiennent aussi au quotidien de ceux de « Chénier ».

 

LES HOMMES TOMBES DU CIEL

 

Cette nuit du 28 janvier, "Faucille" survient des airs.

« Faucille » est un ancien maître ouvrier de l'Armée de l'Air, affecté au BCRA et volontaire pour une mission dangereuse. Le 28 janvier 1944, il est parachuté en France sur « Chénier ».

Sa mission de saboteur-instructeur expérimenté est de mettre en place un réseau de transmissions, de recruter des membres, de trouver des lieux d'accueil pour les agents et de procéder à des sabotages.

Cette nuit là, de janvier 1944, il dort à l'auberge de Parlan puis prend le train le lendemain au Rouget.

Dans la nuit du 5 au 6 juin, le lieutenant « André » originaire de Mayenne, formé par les anglais et son Radio « Désiré " sont largués sur « Chénier » : « La première opération que je fis lorsque j'atterris le 6 juin 44 avec mon radio fut d'aller faire sauter un pont dans le Lot, ...il m'a d'abord fallu former mes hommes, parmi lesquels il y avait une majorité de petits paysans et quelques intellectuels. Ils furent organisés en groupe de 8, je leur appris le maniement des armes et des explosifs... ».

« André » et « Désiré » arrivent d'Alger, nouvelle capitale de la France Libre.

 

LE 6 JUIN (We'll crush'em)

 

« ...Depuis quelques temps, cela couvait, des parachutistes descendus fin mars nous avait fait espérer le débarquement pour la seconde moitié de mai...Dès lors à chaque parachutage ..., je m'étais familiarisé avec l'appareil (le S-phone), je bavardais avec les anglais, - je n'ai pas manqué de demander à mon invisible correspondant quand serait le jour J ...I1 m'a répondu « Very soon and we'll crush'em ».      

... Enfin, le ler juin, près de 300 messages lus ...nous entendons notre message... Quelles explosions de joie dans nos bois...Enfin ! Maintenant l'action...Enfin, nous allons sortir de nos bois...

Le débarquement des troupes alliées sur le territoire français représente pour l'équipe de Bernard le même espoir que pour tout résistant. Cela signifie que leur lutte contre les soldats nazis va s'organiser ouvertement, qu'ils vont être dans l'action, plus seulement la réception.

Ce jour tant attendu, un 6 juin 1944, il pleut sur « Chénier ». L'équipe passe la journée avec des amis au moulin de la Ressègue, peut être avec ceux de la 26eme compagnie qui cantonne là depuis avril 1944, et qui bientôt grâce à un parachutage seront dotés d'un des rares bazookas largués entre 1941 et 1945.

Toutefois, pour le patron et ses hommes, il n'est pas question de quitter le terrain de parachutage organisé depuis plus de 12 mois pour rejoindre le rassemblement du Mont Mouchet. Car Bernard est rattaché au Service Atterrissage Parachutage, il doit continuer à assurer le fonctionnement de « Chénier ».

« Les maquisards de la Luzette et des environs restèrent autour du terrain Chénier sous la direction de Bernard. C'est là que naquirent 3 compagnies, la Compagnie Garçon, la compagnie Henry et la compagnie André. Pour l'heure ces unités se bornaient à tenir le terrain de parachutage »  ...

 

CHACUN VEUT SON AMERICAIN

 

Dans la nuit du 8 au 9 juin, transporté de Blida par Halifax, arrive la première Mission Jedburgh

« Quinine » composée du Major Thomas Macpherson (anglais), du Lieutenant Prince Michel de Bourbon Parme, (français) et du Sergent O. A. Brown. (anglais).

Constituées par le Haut-Commandement allié dés le début de 1944afin d’assurer une liaison militaire avec les résistants, les équipes Jedburgh sont formées chacune de trois hommes : un officier britannique ou américain, un officier français et un sous-officier-radio.

Tous volontaires, les membres de ces équipes sont entrainés aux méthodes de survie en zone hostile.

Ils sont parachutés en France en uniforme, afin de pouvoir bénéficier du statut de prisonnier de guerre en cas de capture par l’ennemi.

Leur mission est d’abord d’informer Londres de l’état matériel, organisationnel et moral de la résistance, puis de provoquer les parachutages d’armes nécessaires, et enfin de servir de conseil militaire en matière d’instruction au maniement des armes et de tactique de guérilla.

 

Sur la DZ, un maquisard surexcité court à travers champ, précédant les parachutistes qu’il vient de réceptionner. « Nous avons un officier et il a amené sa femme ! ». L'officier se présente : - Aspirant Bourbon Nom de guerre « Aristide », neveu du comte de Paris, engagé à seize ans aux Etats Unis et instruit en Géorgie avant de rejoindre l'OSS et l'Angleterre.

Sa femme n'est autre que le Major Ecossais R. Tommy Mac Pherson « Anselme » qui respectant les consignes du SOIT arrive en uniforme écossais. c'est dire en kilt.

L’équipe a pour mission d’aider les résistants du Lot, à stimuler la guérilla sur les lignes de communication entreAnselme (en kilt) Montauban et Brive.

« …seuls nous attendaient une douzaine de maquisards en guenilles mal armés, ne connaissant pas « Droite » avec qui nous étions censés prendre contact ».

« Ces hommes n’étaient en fait ni équipés ni entraînés pour l’action » (« Anselme »)  

 

La même nuit que « Quinine » est parachuté l’OG Emily Helium . « Emily » est la première section à être envoyée en France. Elle démarre dans la nuit du 6 juin 1944. Mais elle échoue, la zone de parachutage était obscurcie, et retourne à Alger. Deux jours plus tard « Emily » réussit à infiltrer la zone de parachutage de • Chénier • Sa mission est d'empêcher l'armée allemande d'utiliser les rails entre Cahors-Figeac et Figeac-Brive.

Brown : « J'atterris enfin II y a beaucoup de bruit sur la DZ. Tout le contraire des chuchotements et des ruses inculquées à l'entraînement. L'arrivée de Mac Pherson en kilt provoque quelque surprise ...Nous avons dégagé à moitié l'aire de largage de nos containers quand un second avion nous survole et parachute un groupe opérationnel O.S.S. américain de 2 officiers et 13 hommes. Nom de code Emily . Ces américains, comme nous d'ailleurs, sont en uniforme de l'armée. Ils ont pour tache de mettre hors d'usage les lignes de chemin de fer Cahors - Figeac et Figeac - Brive et de harceler tous mouvements ennemis sur la RN140. Ils sont entraînés à la vie rude et arrivent avec leurs tentes, munitions, explosifs... se suffisant à eux mêmes...Le contact avec les OG n'est pas des meilleurs à cause des trop rares renseignements qu'ils nous communiquent sur leurs intentions »

Le contact en revanche est plus cordial entre ceux de « Chénier » et les américains que tous se disputent • chacun voulant ramener son américain ». Bien sûr en ce mois de juin, les hommes rattachés au terrain commencent à s'habituer aux largages souvent surprenants, mais tout de même l'arrivée d'un commando d'Outre-Atlantique ne peut laisser inerte leur curiosité.

Et « le 20 Juin premier largage de matériel le container est rempli de denrées de confort c'est à dire chocolat, cigarettes, courrier...Ce type de container est marqué d'une bande colorée. ... Le maquis où nous nous trouvons est essentiellement un groupe d'accueil des parachutages.

« J'ai ma voiture personnelle une 202 Peugeot avec chauffeur. Il est jeune, connaît toutes les filles du coin et est très content de pouvoir sortir du camp pour aller les voir. J'ai de très bons souvenirs de cette période : beau temps, bonne nourriture et bon temps à l'occasion »...

Et le Radio demande toujours à Maxime, le chauffeur d'utiliser la 202 au porte-skis parce que cet accessoire lui permet d'accrocher l'antenne de son émetteur.

« Aristide » a aussi un adjoint "Raymond", radio de formation arrivé au maquis Chénier le 29 juin 1944. Raymond participe aux • vacations » avec Alger et accompagne Mac Pherson à Clermont-Ferrand.

Depuis août, sans interruption, sans défaillance l'équipe du terrain arma-homo-dépôt « Chénier » a réceptionné agents, et containers. Mais l'arrivée de « Quinine » et des américains donne une importance particulière au camp.

C'est après la magnifique réception de matériel à la fin janvier  la consécration de « Chénier ».

Mais les hommes de Bernard eux souhaitent ne plus être liés au terrain : « nous ne voulons pas faire figure de planqués. Aussi suivons-nous avec grand intérêt le travail de réorganisation des équipes entre le commandant Mac Pherson, André et Bernard » ("Pierral")

Ne remarquant pas que la réalisation des sabotages et des coups de mains a dépendu des armes, des matériels et des hommes parachutés, ils ne distinguent pas ou plus combien leur fonction de récupération a été essentielle à l'explosion du combat.

Et ... Sous l'impulsion énergique d'"André", nous recevons une instruction rapide et complète théorique et pratique. C'est ainsi que maintenant 100 hommes environ sont réunis à la Fombelle et à la Luzette. Le ravitaillement est parfaitement organisé ; des camions vont jusqu'à Saint-Céré chercher fruits et légumes., au commando, pendant plus de deux mois, (de mi-juin à début août) nous allons connaître une vie d'une intense activité : sabotages embuscades coups de mains ; toujours en alerte...Ce n'est plus l'époque incertaine du maquis ou seuls les parachutages donnaient un certain rythme ; notre seule raison maintenant, c'est l'action, la guérilla ».

 

ENTRE CIEL ET SOL                 

 

A Chénier, qui est un terrain où les avions n'atterrissent pas, on voit passer des Hudson et des Lancaster.

Les largages se font aussi de la soute des Halifax, qui sont, parmi les avions anglais, les plus utilisés pour les opérations de parachutage. Equipé de quatre moteurs, le Halifax fait 22 mètres de long. Sa vitesse de croisière est de 340 km/h. Il peut transporter 5800 kg de bombes ou 15 containers.

Le Lysander, plus célèbre, est surtout utilisé pour des opérations d'atterrissage parce qu'il est doté d'un train fixe très solide lui permettant de se poser sur des terrains médiocres.

Les containers sont conçus pour être facilement stockés à bord des appareils et pour contenir des chargements divers.

Les deux types de containers britanniques ont la

taille d'un corps humain. Ce sont des cylindres d'une longueur d'un mètre soixante dix et d'un diamètre de quarante centimètres. Ils sont peints en couleur noir mat et ont plusieurs compartiments.

Les containers de type H en comportent cinq. Pour simplifier les commandes par radio, tous les chargements sont standardisés. Les containers « H 1 », par exemple, transportent des explosifs, tandis que les 1-13 contenaient de l'armement, et les H5 du matériel de sabotage

 

Les américains utilisent des emballages de forme et de nature diverses pour le parachutage d'armes. Certains sont en toile ou encore en contreplaqué.

Chaque chargement de chaque container est répertorié avant de décoller.

 

DE «LA CHOUETTE» AU «MERLE BLANC»,

ou DU TERRAIN «CHENIER» au TERRAIN «VIRGULE»                               "Faucille" ou "Castor"

 

En 1944, le terrain « Chénier » est amplement connu par la résistance intérieure parce que les stocks qui sont largués sont distribués bien au delà des maquis voisins.

Mais, bientôt les Allemands, aussi, connaissent son existence.

Ils décident, pourtant, de ne pas attaquer cette vaste étendue. Par contre, ils la neutralisent en établissant autour une zone de contrôle des routes et des voies de chemin de fer.

A partir de juin 1944, tout départ de matériel parachuté et stocké à "Chénier" devient impossible. Pierral, d'ailleurs, l'écrit "Les parachutages d'avril et de mai n'ont pas été répartis par suite d'un manque de liaison avec Toulouse : au début de juin nos bois abritaient environ 30 tonnes d'armes et d'accessoires de sabotage, cela représentait une lourde responsabilité."

Le 8 juin 1944, enfin, le DMR de la R4 à Toulouse envoie son adjoint "Carton" et le lieutenant appelé "Chénier", accompagnés de cinq maquisards des maquis de Vabre (Tarn) récupérer des armes sur le terrain "Chénier". Mais leur voiture et leur camion sont arrêtés par les Allemands vers St-Céré, à proximité de la Luzette. Les trois occupants de la voiture sont fusillés.

Alors l'officier régional d'opération "Pacha" annonce par radio, à Londres, les coordonnées d'un nouveau terrain : le terrain "Virgule" :

N°79 - Nouveau Terrain 1° Homo 294 Virgule 2° 83 3°  1102   4° 8984   5° 56 Nord Est Vabre 6° 3 Homo 45 arma... Terrain devant desservir le PC du DMR envoyez sur ce terrain courrier et matériel pour lui.

 

N°82 - OPS 75 du 7 juin,

1 Virgule 2 avions 2 fois pour armement PC du délégué militaire

2 Macon pour mon courrier personnel

 

N°91 - OPS 83 du 12 juin

en raison liaison impossible avec Chénier parachutez sur Virgule agents devant prendre contact avec Droite

 

N°101 - OPS 91 du 19 juin - Nombreuses unités CFL anéanties par les allemands parce que pas d'armes... Si nous voulons sauver résistance nous ne pouvons pas que promettre des OPS mais nous devons aussi les exécuter... Nécessité vitale.

 

Le terrain « Chénier » étant devenu dangereux, c'est, selon ces messages, le terrain « Virgule» qui le remplaçait.

Or ce nouveau terrain nommé « Virgule » est tenu par des hommes des maquis de Vabre qui, auparavant, venaient s'approvisionner en matériel à Chénier.

 

(...) « Adrien prend le commandement du cantonnement qui compte immédiatement après le débarquement 38 maquisards dont deux officiers ....il obtient pour son groupe une moto, une SIMCA V et un camion gazogène dont il espère pouvoir se servir lors des parachutages de matériel qu'il attend avec grande impatience. Ainsi, tous les soirs, il est à l'écoute de radio Londres. Il espère entendre le message annonçant un parachutage sur ce terrain, dénommé « Virgule » prévu à cet effet et qu'il a découvert avec ses camarades quelques mois plus tôt. Ce sont de grands cris de joie qui accueillent « leur » message le soir du 22 juin « De la chouette au merle blanc, le chargeur n'a que vingt balles. Nous répétons : N'a que trois fois vingt balles. Ce premier message annonce ...une longue série de réceptions de parachutages mais aussi de combats... Le 22 juin 1944, la compagnie doit donc réceptionner son premier parachutage» (...) ».*

Le terrain « Virgule », homologué le 4 juin 1944, reçoit encore de nombreux parachutages en juillet et août 1944.

(...) « Mais Adrien s'étonne de ne pas réceptionner que du matériel. En effet. un soir il a la surprise d'accueillir un commando de 15 militaires américains spécialisés dans le sabotage. Un autre soir en plus des containers d'armes ce fut le délégué militaire régional d'Alger avec son opérateur radio » (...)*

Lindicatif « De la Chouette au Merle Blanc » habituellement associé au terrain « Chenier » est aussi lié au terrain « Virgule ». Dans ce segment de phrase, « Merle Blanc désigne « Pacha » et « la Chouette » représente le BCRA ;

Les terrains sont cependant différenciés grâce au deuxième segment, qui est « - c'est une cité ardente » pour « Chénier »  et « - le chargeur n'a que vingt balles » pour « Virgule ».

 

L'autre lien particulier entre « Chénier » et «Virgule » est l'agent « Faucille » qui devient

«Castor » au maquis de Vabre, tandis que sa mère sous le nom de « Sultan XII », est agent de liaison et que l'un de ses frères est l'adjoint de « Pacha » « Merle blanc ».

 

Enfin, si durant son année de fonctionnement le «Chénier » n'est jamais attaqué, il en est autrement pour « Virgule » (...) « Le balisage et la protection de « Virgule » sont assurés pour toute la région militaire par la Compagnie...Mais ses officiers considèrent qu'ils ne peuvent plus le faire efficacement, leur message radio « de la chouette au merle blanc » ayant été trop souvent divulgué ... Ils pensent que les allemands vont faire très vite le rapprochement entre celui-ci et le lieu des parachutages. Ils préconisent donc la modification du message et un arrêt temporaire des parachutages afin d'éviter tout risque d'attaque. Mais cette crainte arrive trop tard et l'irrémédiable finit par arriver. ... « Le soir du 7 août pour la quinzième fois, peut-être, nous recevons le message « ... le chargeur n'a que vint balles ». Le parachutage a lieu mais le terrain est attaqué par une forte colonne allemande, dotée d'engins blindés » (...)*

Il est alors possible que « Virgule » ait été assailli en lieu et place de Chénier, parce que le premier était actionné par les maquis qui venaient s'approvisionner à la Luzette et parce que les deux en août 1944 partageaient

le même indicatif usé «de la chouette ... » sous l'autorité du même homme, «Pacha », Chef SAP de R4. (*) extraits provenant du site www.eeif.org/hist.php

 

 

 

UN PARACHUTAGE, PAR EXEMPLE

 

(Dans cet extrait « Pierral » raconte son premier parachutage, en janvier 1944, qui a aussi été le plus important de tous ceux que reçut le « Chénier »)

 

En cette fin janvier le temps était magnifique ...le jeudi déjà le message est passé. Le soir pour la première fois nous montons au terrain. Sept kilomètres à pieds. A neuf heures nous quittons notre home ...nous traversons Parlan déjà endormi ; et c'est la lente montée à travers bois le long de ce chemin sinueux qui n'en finit pas ...Encore une dernière montée à même les bruyères de la butte et nous arrivons au sommet. ...C'est vers le ciel que nous tournons nos regards. ... Dans la sape, des gens affairés ont déjà installé l'antenne et les appareils les heures passent ...Les discussions s'engagent vives, sur les chances qui restent pour cette nuit. A deux heures passées, les appareils sont débranchés et nous partons. ...Le lendemain, le message repasse, complété : « de Pierre à Marguerite, les six enfants de Denise seront triplement sages ce soir. Six hommes et trois avions ! Le premier grand parachutage de Chénier ! Bernard exulte.... L'équipe de Toulouse est sur le terrain, ce qui confère un certain caractère officiel, si l'on peut dire à la chose. Curieuse impression de trouver en pleine brousse des citadins, avec cravate et chapeau ; nous avions déjà oublié ces accessoires de la vie civilisée. Beaucoup d'animation sur le plateau de bruyères. Les autos se sont succédées qui ont été garées dans un petit chemin creux...

A 23 heures 30, le premier avion est accroché à l'Euréka! Les émotions commencent L'indicatif du terrain, C7, est répété en morse afin de prévenir le visiteur qu'il arrive bien sur Chénier.

Nous ne tenons plus en place. Il a suffit que le silence...soit peuplé d'un vrombissement lointain pour que l'énervement s'empare de nous tous... Va 1-il nous voir Il perd de l'altitude il vient vers nous. Les quatre feux du balisage sont tous dirigés vers lui. ...René s'époumone au S-phone « Allos Aircraft ! How mamy containers « Drop ! Drop ! ».

…Une lumière sous la carlingue, la trappe qui s'ouvre, un froissement soyeux. vingt cinq parachutes se déploient, livrent péniblement leur cargaison. René les yeux rivés à l'avion continue à parler. Un chaos sourd et un parachute se déploie à ses pieds ! D'autres chocs ... Les parachutes multicolores gisent à terre, soulevés par le vent...Nous nous précipitons essayant seulement de détacher des containers longs tubes cylindriques dans lesquels sont empaquetés avec un soin méticuleux, les grenades, les fusils mitrailleurs, le matériel de sabotage. Mais l'un de nous a trouvé

un parachutiste et le ramène. Il a dîné à Londres. Il vient d'un pays libre Nous l'entourons. Les questions s'entrecroisent. ....La trêve est de courte durée : un second vrombissement. La même opération se répète : 1 'avion passe allume ses feux, vire, repasse et décharge ses containers. Trois parachutistes sont récupérés....Les choses se compliquent maintenant ; ce n'est plus un mais deux avions qui survolent le terrain en même temps. Les cris s'entrecroisent....I1 y a des ratés dans le moteur de l'un d'eux les lampes se dirigent tour à tour vers chacun des deux appareils Le S-Phone ne donne rien. Mais bientôt, c'est un nouveau largage, une nouvelle récupération d'hommes et de matériel. Le ciel a livré plus que nous attendions il est calmé ; à présent une tache plus ingrate nous attend : il faut récupérer les containers les rassembler, plier les parachutes. A Meneviolle la ferme voisine toute  proche dans la vallée, le fermier a été réveillé, et il arrive sur le terrain avec ses boeufs...les charrettes chargées de containers vont descendre les pentes les plus rudes .... Sur le chemin, un camion et la camionnette récupérés à la milice d'Aurillac attendent d'être chargés Ainsi, avant l'aube, le matériel va être évacué et rassemblé dans les granges en attendant la répartition effectuée, d'après les ordres de Toulouse. Cinq heures déjà... Cette nuit a vraiment été irréelle. La camionnette nous amène tous à Parlan et à six heures, l'aubergiste est réveillé. Casse croûte copieux fromage et tard. ...Nous repartons pour achever la récupération... Les bœufs infatigables continuent à descendre les containers encore récupérés. ... Les longs tubes rangés par cinq dans les chars sont recouverts d'un amas difforme de parachutes...Mais les recherches vont recommencer Il s'agit de récupérer tous les containers tombés dans un bois et nous y passons toute la matinée.. Travail pénible ; il faut rouler les bidons ou les porter - et chacun pèse prés de deux cents kg - de leur point de chute vers un chemin contourner les taillis, traverser des ruisseaux gravir des pentes Nous rentrons enfin après ces quelques vingt heures de travail ayant assisté à un largage record ...Mais de telles nuits ne sont pas renouvelées souvent. Nous avons eu une moyenne de deux parachutistes par mois jusqu'en

avril puis trois en mai, quatre en juin, cinq en juillet. (...). »

Tous les matins, le mouchard survole la région pour repérer des marques de parachutage. Ceux de « Chénier » sont donc contraints, en plus de récupérer les containers, de faire disparaitre toute empreinte de leurs chutes, d'ôter des branches jusqu'au moindre morceau de toile de parachute.

 

CONCLUSION

 

Grâce à la volonté de résistance et d'organisation des Français Libres et à celle, plus locale, de Bernard, grâce au SOE puis à l'OSS, grâce aussi aux techniques modernes de transmission et au terme d'un processus précis de sélection, le terrain de parachutage « Homo-Dépôt », C7, «Chénier » a fonctionné pendant un an sans trêve du 23 août 1943 à août 1944. Son équipe de réception rigoureuse et en alerte permanente a réceptionné 90 agents et plus de 430 containers représentant 65 tonnes d'armes et de matériel. Le « Chénier » a, en plus, servi de balise de radio guidage et reçu les chargements d'avions égarés. Après inventaire et diffusion, les armes et matériel reçus sur cette DZ, ont largement contribué à la lutte en R4, contre les soldats nazis.

En 1984, • Pacha » écrit : « certains ont pu prétendre qu'il (« Chénier ») était le premier terrain de France mais faute de preuves, cette affirmation doit rester prudente. »

Oui, faute de preuves tangibles, l'aventure de • Chénier », comme celle de toutes les DZ de la résistance intérieure, s'est un peu effacée. Les containers largués n'ont laissé aucune trace. Le « mouchard » veillait, alors, l'équipe nettoyait tout du sol aux branches.

Les agents parachutés n'ont eux souvent dormi qu'une nuit à proximité du terrain. puis ils sont partis combattre plus loin.

Le site de Chénier zone de largage, forcement isolée, et zone de passage pour les agents, n'a pas garde d'empreinte de son année en homo-depôt.

Quant à l'équipe de réception, ceux de • Chénier », fiers pourtant d'être du maquis de la Luzette, ils se pensaient tout de même un peu hors du coup, à attendre, dans une sape, un don du ciel, tandis que leurs copains sabotaient des routes et des ponts.

Mais, si, la bruyère, a rapidement remplacé la DZ, à Londres, en revanche, les documents du BCRA et du SOE, confirment durablement le rôle majeur du terrain « Chénier ».

Et, pour avoir risqué sa vie, en assurant sans faillir la responsabilité d'un des plus importants terrains de parachutage de la zone sud, sinon du pays, Bernard a reçu des anglais, The King's Medal for Courage.

             

VOCABULAIRE

 

COPA : centre d'opération des parachutages et d'atterrissages devient la SAP Section Atterrissage Parachutage)

 

BCRA (Bureau central de Renseignements et d'Action) : crée en juillet 1940 par le général de Gaulle, le BCRA est un service de renseignements de la France Libre qui a organisé des réseaux dans la France occupée et a recruté de nombreux agents pour des activités de sabotages de renseignements.

Délégué militaire régional (DMR) : représentant nommé directement par de Gaulle et le BCRA, relié par radio avec Londres et Alger journellement. Il a pour mission de mettre en place par région ou par zone des plans » opérationnels, d'organiser les équipes de sabotage, de mettre en dépôt le matériel nécessaire aux destructions.

Chef OPS: voir officier régional d'opération. DZ : drop zone » : zone de largage.

Gazogène : remplace l'essence d'un moteur à explosion par un gaz issu d'un combustible solide comme le charbon de bois, la houille, le bois. ou même la tourbe et les déchets forestiers. Il faut environ 100 kilos de bois secs pour faire 100 km.

 

Jedburgh : groupes formés et armés par le SOE, normalement composés d'un anglais d'un américain et d'un français tous en uniforme. Ils sont envoyés en France avec la tâche de coordonner le soulèvement armé des groupes de résistance selon des plans décidés par les alliés.

Le mouchard : avion de reconnaissance allemand qui survolait la région chaque matin au lever du jour pour repérer les parachutes. Il repassait dans la journée pour essayer de découvrir les concentrations de maquis et surveiller les voies ferrées.

Officier Régional d'Opération : il travaille en étroite liaison avec les DMR et lui est subordonné. Il permet la liaison entre les mouvements de résistance et Londres. Il organise les opérations aériennes aidés par une véritable équipe (secrétaires et radio pour le codage et le décodage des câbles, agents de liaison). Il est installé dans un lieu secret. Il est souvent appelé Chef OPS.

 

OSS (Office of stratégiq Services) est créé en 1942 parallèlement au F81 fondé en 1908. 11 est chargé de recueillir des renseignements à la demande de l'Etat major américain et de mener des opérations clandestines. Il organise aussi des parachutages d'armes pour les résistants dans l'Europe occupée. En 1944, il organise un état-major commun avec le SOE.

En 1947, il devient le Central Intelligence Agency (CIA).

 

Une sape : abri souterrain.

 

SOE (Special Operations Exécutive) est créé durant l'été 1940, pour affaiblir la position de l'Allemagne en Europe en organisant la résistance intérieure dans les pays occupés, en formant les maquisards, en coordonnant leurs actions et en leur fournissant du matériel. Le SOE a envoyé en France entre 450 agents et 500 agents parachutés, entre 1942 et 1945.

 

 

« André » : André Oheix

« Faucille » « Castor » : André Jamme

« Marcel » « Gilardon » : Marcel Gaillard « Jeannot » : Harold Rovella

« Maxime » : Maxime Delpas

« Pacha » : Henri Guillermin « Pape » : Pierre Rateau

« Pierral » : Pierre Courtiau

« Théo» : Fernand Théodore

« Viandox » : Louis Thoumieux

 

 

LES SOURCES

 

A.Brown, Mission Jedburgh « Quinine •, EAMRA, avril 2005

H.R. Kedward, à la recherche du maquis, cerf, 1999

E. Martres, Le Cantal, de 1939 à 1945, éd. De Borée, 1993

•          ICARE, revue de l'aviation français • « Aviateurs et résistants •, T1 et T2,1992, 1993

•          Les réseaux action de la France combattante, 1940-1944       éd. France Empire 1986 Articles de Manuel Rispal, 1994, in • La Montagne •

Récit autobiographique de « Pierral » (Pierre Courthiau), (disponible au Musée de la Résistance à Anterrieux (15))

J.0 Olive • Et Churchill créa le SOE •, in WWW.Stratisc.Org WWW.Maquis de Vabre ; www.eeif.org/hist.php

Archives privées de Monsieur Jean Favier, de M. Jamme et de M. Delpas.

Crédits photos : collection privée de M. Delpas, M. Rispal, M. Martres, Mme Ricard.

REDACTION

Groupe de travail de la commission "Mémoire" Théo et Viandox, Amicale des anciens Résistants de la Châtaigneraie et du Ségala, Association des Maquis et Cadets de la Résistance du Cantal.

 

Remerciements à Messieurs Guy de Rouville, Tristan Denis et Eugène Martres.

 

La collection "Mémoire, Citoyenneté, Cantal" (M2C) est coordonnée par S.Despaux, service de l'ONAC du Cantal.

Le premier numéro de la collection M2C : « Murat dans la tourmente »

Le numéro 2 « Maurs, Printemps 1944... du pré aux camps ».

2ème semestre 2005

O.N.A.C. Service départemental du Cantal

Maison des affaires sociales - rue de l'Olmet B.P. n' 726 15007 Aurillac Cedex

Tél. : 04 71 46 83 90 - Fax : 04 71 46 83 94

 

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