La guerre franco-allemande
De 1870 à 1811, la guerre oppose à la France l'ensemble des Etats allemands,
conduits par la Prusse. Voulue par le Chancelier prussien. Otto Bismarck, cette
guerre est un échec pour la France qui doit céder l'Alsace et la Lorraine.
Isolée diplomatiquement, desservie par une armée mal organisée et inférieure en
nombre, elle accumule très vite les défaites. Le 2 septembre 1870, les troupes
françaises capitulent à Sedan.
A Paris, la 'Révolution du 4 septembre» renverse le second Empire de Napoléon
III, jugé responsable de la défaite.
Malgré ses efforts, le nouveau gouvernement est contraint de signer l'armistice,
en janvier 1871. En mai 1871, le Traité de Francfort consacre l'unité des Etats
d'Allemagne, ' le Reich», avec comme Empereur, le Roi de Prusse, Guillaume ter.
La France a subi des pertes territoriales, humaines et financières, elle est
affaiblie mais reste un pays riche.
Symbolique
Le monument représente «un jeune cantalien frappé mortellement, qui chancelle
sous le coup qui l'a frappé, le corps renversé en arrière, les veux levés au
ciel, la main droite étendue dans le vide dans un mouvement d'angoisse. la main
gauche fixée à la hampe du drapeau du régiment, le drapeau de la France sur
lequel tout le corps s'appuie dans un mouvement superbe de patriotisme.
[...] Une seule chose est à regretter, c'est qu'on n'ait pas été plus heureux
sur le choix de l'emplacement trop exigu, et qui ne fournit à cette statue le
cadre harmonieux qu'on aurait pu trouver ailleurs. Ce qu'il eut fallu, c'est une
vaste place comme le Square qui de loin comme de prés aurait permis à la statue
de se profiler sur le ciel, au milieu d'un encadrement d'arbres et de verdure».
[...] (L'Avenir du Cantal)
Le 14 juillet 1903 et l'inauguration du monument
Les festivités débutent clans la soirée du 13 par une longue retraite aux
flambeaux. Le lendemain, mardi 14 juillet 1903, la journée associe, à la
traditionnelle revue militaire, l'inauguration du monument.
A dix heures le cortège officiel prend place sur l'estrade qui avait été
aménagée clins un coin de la place, en face du monument. Grâce à une délicate
attention, tous les soldats natifs du Cantal et actuellement sous les drapeaux
au 139ème Régiment avaient pu se masser clans la cour de la Préfecture. Les
officiers et leur colonel s'étaient placés en avant de la grille préfectorale.
Les Anciens Combattants et les
Vétérans munis de leurs insignes formaient la garde d'honneur du «soldat de
Champeil»
du côté de la rue du Rieu et la compagnie des Sapeurs-pompiers s'étaitrangée
derrière le monument décoré d'oriflammes et de plantes vertes.'
Puis, après l'office religieux, les vétérans, les élus et les autorités se
retrouvent au grand
Banquet Patriotique, à 4 francs par personne.
Durant l'après-midi, diverses attractions sont proposées à la foule : départs de
ballons, courses vélocipédiques. En soirée, une fête de nuit avec feu d'artifice
et bataille de confettis clôt le 14 juillet. Les <,,petits ballons partirent
tant bien que mal» mais l'aérostat libre ' Je Fétiche' monté par deux
professionnels fait, dit-on, un «four complet puisqu'il ne peut franchir les
arbres et sombre dans la Jordanne. 94 Le 14 juillet mêle des aspects civils et
militaires. Mais, on ne constate dans le Cantal aucune imbrication du militaire
et du religieux. La messe à laquelle tous ne participent pas, est reléguée en
fin de matinée.
L'unanimité républicaine et la cohésion nationale sont recherchées dans le culte
de la patrie, et le respect d'une armée forte.
Les actes d'héroïsme individuels et collectifs sont célébrés, puisque aucune
victoire ne peut être fêtée.
On remarque. aussi, l'absence des familles qui ne sont pas citées et n'ont
jamais été associées a l'organisation de l'inauguration.

La Croix du Cantal
Thèmes des discours
L'éloge du simple soldat :
[...] Votre oeuvre est patriotique, mais elle est démocratique aussi, car elle
ne vise pas à la glorification des grands capitaines, elle va surtout à ces
pauvres ignorés, à ces héros obscurs qui ont succombé loin de leur pays, de
leurs amis, de leurs familles et qui, esclaves du devoir et de la discipline,
sont tombés au déclin du jour, dans les chemins creux, sur la lisière du bois,
et se sont éteints douloureusement perdus, oubliés : ceciderunt pro patria. Ils
sont morts pour la patrie et c'est à peine si la patrie le saura. [...] (M. le
Colonel PRAX)
La glorification de l'armée :
[...]L'armée a toujours été cligne de la France. Elle a pu être mal dirigée et
l'a été ; on a commis pour son malheur de graves fautes militaires et même
politiques ; elle a prodigieusement souffert ; mais en face de la mort elle n'a
pas un moment cessé d'être héroïque, et vous connaissiez tous le cri
d'admiration qui s'est échappé à Sedan, des lèvres du Roi de Prusse :,<Oh ! les
braves gens !» (Applaudissements prolongés)[...] ( M. Charmes, député)
Le culte du Souvenir et de la Patrie :
[...]De tous les enseignements civiques, celui qui contribue le plus
efficacement a élever et à pétrir l'âme nationale, c'est le culte des morts au
service d'une commune patrie.[ ...] Et c'est pourquoi tous les ans s'élèvent sur
tous les points du territoire ces monuments qui enseignent le passé et l'avenir.
Cette piété patriotique dure depuis trente ans et ne faiblira pas jusqu'au jour
ou chaque ville, chaque village, chaque commune de France aura sa pierre
funéraire scellée d'un côté sur d'héroïques ancêtres, entrouverte de l'autre,
comme une page d'histoire, pour apprendre aux enfants comment le peuple français
s'est relevé tout ensanglanté de sur le champ de bataille. (Bravos) [...](M. De
Castellane, député)
Le centenaire
le centenaire de l'inauguration, le 14 juillet 2003, rassemble, comme en 1903,
les autorités civiles et militaires. Le Préfet du Cantal, le Maire d'Aurillac,
le Délégué Militaire départemental, des élus.. le Délégué du Souvenir Français,
des représentants des anciens combattants, les Eclaireurs de France et la
Protection civile assistent à la cérémonie. Mais, à la différence du siècle
dernier. c'est le monument qui, seul, est célébré.
Car il n'est plus considéré comme le support artistique du souvenir des morts,
ni comme une oeuvre de diffusion de la mémoire commune.
Un siècle après son inauguration, ce monument ne transmet plus de message ou
plutôt, les changements de mentalités ne permettent plus à son message d'être
compris par la population.
En cent ans, l'oeuvre de
Champeil
est devenue non pas muette mais inaudible.
Mémoire partagée.
En Allemagne. comme en France, le discours commémoratif aide à enraciner le
régime politique en place : le ter Reich, en Allemagne, la République, en
France. En France comme en Allemagne, les souvenirs de 18'0 sont largement
transmis par l'école, l'armée et les journaux. Ces souvenirs sans cesse présents
entretiennent l'hostilité entre les deux peuples, mais ils contribuent aussi à
gérer pacifiquement cet antagonisme franco-allemand.
C'est pourquoi, jusqu'en 1914, les crises sont toutes résolues diplomatiquement.
La Société des
combattants
« qui a pour
but principal l'entretien et le développement
de l'amour de la Patrie» (art. 14 des statuts)
En Allemagne,
des associations de combattants se
créent dès la
fin de la guerre. En France.
il
faut attendre une vingtaine d'années
pour que s'organisent les premières amicales.
Le Souvenir Français est fondé, en 1887, par
l'alsacien Xavier Niessen et le messin
Victor Flosse dans le but de veiller à
l'entretien des tombes militaires. Il bénéficie de la sollicitude des
républicains, car il ne s'est pas
laissé entraîner dans le sillage du nationalisme.
Dans le Cantal, c'est en 1896 que plusieurs
combattants, tous militaires, hommes de loi. négociants ou
élus (Charmes), décident de se grouper.
Le monument
Au sein de la
société des combattants, un groupe se
donne pour
mission d'organiser le financement
puis
l'édification d'un ouvrage d'art et (lu souvenir.
Avec l'accord
du Maire d'Aurillac, (les quêtes à
domicile sont
organisées, qui rapportent très vite
une somme de
5 000 francs. Des lettres sont aussi
adressées aux
maires de toutes les communes du
département
et (les responsables désignés dans les
principales villes de France où vit
une communauté de cantaliens. La municipalité
d'Aurillac donne d'ailleurs l'exemple
en votant une subvention de 3 000
francs, bientôt suivie par le Conseil Général, qui alloue à l'association la
somme de 1 500 francs, et le Souvenir
Français. Chaque jour. de
nouveaux
dons arrivent
au bureau de l'association.
En août 1902,
la société se met cependant en relation
avec des élus pour obtenir le concours de l'Etat
et une
subvention du Ministère des Beaux Arts, car la somme en caisse demeure
insuffisante.
L'association
prend également contact avec le Maire
d'Aurillac et le Préfet du Cantal
pour fixer la date et le lieu de l'inauguration
: «En
accord avec votre conseil, Monsieur le
Maire, vous avez bien voulu désigner la place de la Préfecture pour
recevoir le Monument et fixer, pour raisons
budgétaires, la fête du 14 juillet pour
son inauguration... Les pouvoirs
publics républicains ont accompagné jusqu'au bout une initiative qui, ancrée
de plus à plus à droite, risquait avec danger de
leur échapper.
Trente ans
après la guerre, dans un département qui, en 1871, ne comptait pas plus de
vingt
veuves de guerre, on constate que les
dons et autres
subventions sont étonnamment
nombreux.
L'idée. saluée
par la presse de gauche. une fois lancée,
se développe rapidement. En septembre 1897,
une première assemblée générale réunit plus de
cent membres qui votent des statuts
: l'article 1"
indique que 'la société, avec le concours de
I'Etat célébrera les anniversaires
patriotiques et poursuivra l'édification d'un monument commémoratif à la mémoire des
combattants du Cantal tués à l'ennemi. Ce
monument sera érigé sur une des places
publiques d'Aurillac».
L'assemblée
générale acclame le bureau
:
Prax, un
lieutenant-colonel en
retraite, officier de la Légion d'Honneur.
accepte la présidence. L'association
regroupe plus de 300 adhérents en 1898.
L'artiste
Jean Baptiste
Champeil né à Paris en 1866
d'une
famille originaire du canton de Pierrefort (Cantal).
En 1881, Il
entre à l'Ecole des Arts Décoratifs, puis
en 1884, à
l'école des Beaux-Arts, dans la section
sculpture. De
1884 à 1885,
Champeil
est récompensé par 6 médailles.
En 1896, il devient premier grand prix de Rome.
J.B.
Champeil est aussi le créateur du buste de
Tyssandier d'Escous à Salers et le premier président
de la Société artistique du Cantal, en 1904. Il meurt
à Paris en 1913.
Repères
Le 14 juillet
:
jour de la prise de
Bastille, symbole de la fin de la royauté,
en 1789, n'est devenue
une fête nationale, la fête de la France, que
par
la loi du 6 juillet
1880.
Prusse :
ancien territoire qui
comprenait plus des 3/5 de la superficie de
l'Allemagne.
La
Marseillaise : il
faut attendre 1879, pour qu'un décret du ministre de
la Guerre lui donne sa
qualité de chant national.
Pavoisement
:
c'est le fait d'orner
de drapeaux nationaux les édifices
publics. Aujourd'hui,
nous connaissons le pavoisement imposé
à certaines
dates par l'Etat mais on peut voir sur le cliché du 14 juillet 1903,
une floraison de drapeaux
aux fenêtres de particuliers, patriotes
et
républicains zélés. Ce
pavoisement individuel, volontaire est absent
des
clichés du centenaire.
En 1903, 1 franc correspond à
20.77 francs de 2000 (source INSEE), la même année est organisé le premier Tour de France.
REMERCIEMENTS
Le personnel
des Archives départementales du Cantal
Le musée d'Art et
d'Archéologie d'Aurillac
REDACTION
Service
départemental du Cantal de l'ONAC / S. Despaux.
CONCEPTION MAQUETTE
Lycée de la
Communication Saint-Géraud
CREDITS PHOTOS
PARRY Musée
d'Art et d'Archéologie d'Aurillac
Phillipe
Michalet.Archives départementales du Cantal
Jack CALDEFIE.
Direction départementale jeunesse et Sports
Service départemental
de l'ONAC du Cantal
Maison des
Affaires Sociales
-
rue de l'Olmet
B.P 726
- 15007 Aurillac cedex -Tél. 04 71 46 83 90
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L' autre Monument, à Mauriac, (photo) mais il n' existe plus aujourd'hui. C'est de ce dernier dont il s' agit dans cette lettre du Maire au Sous-Préfet de Mauriac.
Mauriac le 4 février 1891
J'ai l'honneur, conformément au désir exprimé par votre lette du 9 janvier écoulé de vous adresser le rapport ci-après relatif au monument élevé à Mauriac à la mémoire des victimes de la guerre 1870-1871.
Ce monument élevé à l' entrée de la ville, coté de Pleaux, occupe tout le square compris entre la route départementale de Saint-Céré, la rue de la sous-préfecture, et l' enclos Teissèdre ainsi que le champ de foire. Il couvre une surface de 600 mètres environs. Il se compose d' un jardin, clos de murs et de grilles, planté d' arbustes variés et garni de pelouses.
Au centre, sur une base pyramidale en basalte d' Auvergne, se dresse un socle carré, avec torches renversées aux angles et surmonté d' une colonne tronquée. Ce monument est en lave de Volvic et le fût de la colonne est enlacé d' une couronne "crucifix" également en pierre de Volvic et faisant corps avec elle. Sur la face du socle, on lit l' inscription suivante: "Aux Capitaines Basset et Vignal et à leurs compagnons d' armes de l' Arrondissement de Mauriac tombés devant l' ennemi dans la guerre 1870-1871". Sur le fût sont gravés les mots "Honneur Patrie".
L' initiative de l' érection de ce monument est due aux amis personnels des Capitaines Basset et Vignal et aux officiers du bataillon de mobiles dont Basset faisait partie.
L'ensemble des dépenses qui s'élèvent à trois mille quatre cent francs, a été couvert par une souscription privée qui a produit quatorze cent francs et le surplus à été payé sur les fonds du budget de la commune de Mauriac.
Ce monument est entretenu par les cantonniers de la Ville et il n'y a pas de crédit spécial au budget pour son entretien dans l' avenir.
L'inauguration a eu lieu en 1877 pendant la période troublée de l'ordre moral qui n'a pas autorisé une fête officielle à cette occasion. Il n'y a pas eu de discours prononcé, en raison même de la période où l'on se trouve.
Quant aux circonstances où dans lesquelles ont succombé M.M. Basset et Vignal, voici en deux mots la biographie de ces braves.
1° Basset Antoine, Raymond, Eugène est né à Mauriac, le 23 novembre 1833; engagé volontaire, il était sergent fourrier d'infanterie en Crimée. A la déclaration de guerre, il était greffier au Tribunal civil de Mauriac. Il s'engage dans la mobile, est nommé capitaine de la 2ème compagnie, 2ème bataillon des mobiles du Cantal, sous les ordres du Général de Rochebrune. Il fait fonction de commandant à la bataille du Mans, reçoit trois blessures à la seconde journée de cette bataille, est décoré sur les lieux mêmes du combat et meurt de ses blessures le 25 janvier 1871 au château de Sablé (Sarthe). Il a été transporté et inhumé en Mars 1871 au cimetière de Mauriac.
2° Vignal Dieudonné est né le 14 Août 1830 à Auzers, canton de Mauriac. Engagé volontaire, il est bléssé au siège de Sébastopol et continu sa carrière militaire.
Chevalier de la Légion d'Honneur et médaillé de la valeur militaire de Sardaigne, il était capitaine au 48ème de ligne lors de la déclaration de guerre. Il a été tué le 6 Août 1870 à la bataille de Freshwiller et inhumé sans doute au même lieu avec ses compagnons d'armes.
Comme il n'existe pas à Mauriac d'atelier de photographie, je ne puis que vous adresser le plan qui a été dressé par le paysagiste Moindreau, pour l'érection du monument commémoratif.
J'ai l'honneur d'être, avec respect, Monsieur le Sous-Préfet, votre tout dévoué,
pour le Maire, l'Adjoint délégué,
N.D.L.R. : (A.D. 15 3 R 42) Orthographe, ratures et ponctuation respectés
 Il [ce monument] a été démonté vers 1965, puis réutilisé en partie par un artisan pour le caveau d' un particulier !
Germain Pouget 2002
in "Monuments du Souvenir" Société des lettres, sciences et arts la Haute Auvergne
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